Tant les PME que les grands groupes mettent en présence des individus issus de diverses nationalités, cultures ou encore religions. Comment créer des synergies et grandir ensemble au sein d’un écosystème multiculturel ? Rêveuse et déterminée, Virginie Pierre, qui se définit comme une « International Poetic Business Developer », nous donne la réponse. Bizcover l’a rencontrée en Belgique, alors qu’elle rentre brièvement de Guinée Conakry, où elle développe son projet entrepreneurial.

Un désir d’entreprendre à l’international avant tout

D’emblée, Virginie Pierre explique : « Bien que l’heure soit au circuit court, je pense que l’avenir commercial est ailleurs, c’est-à-dire dans l’internationalisation. D’une part parce que le monde est riche, d’autre part parce que depuis l’époque de Christophe Colomb, pour prospérer il faut échanger entre les lieux et les individus. Nul n’a jamais boosté son business en étant dans l’immobilisme. Il faut savoir aller vers l’autre, en commençant par sortir de sa zone de confort ». C’est ainsi que Virginie a toujours travaillé avec l’étranger. Pendant plus de vingt ans, elle a d’abord organisé des voyages en dehors des circuits touristiques habituels. Ensuite, en tant qu’expert en entrepreneuriat au féminin pour le PNUD (Le Programme des Nations unies pour le développement), pour la CE ou encore le réseau LEAD (Les Entrepreneurs Actifs de la Diversité). « Les entrepreneurs belges ne manquent pas d’opportunités de s’ouvrir au monde. Pensons aux facilités liées à digitalisation et en particulier l’e-commerce. Ne perdons pas de vue non plus le potentiel des missions économiques, ainsi que les subsides ».

Considérer l’autre en tant qu’être humain et faire un travail sur les mentalités

Pour être immergée depuis toujours en milieu multiculturel, la question des différences – qu’elles soient de culture, de genre, de religion, etc. – ne se pose pas à Virginie Pierre : « Avec un mari Algérien arabe musulman et une fille au prénom juif, la Verviétoise rousse que je suis pourrait, aux yeux de certains, former une famille atypique. Or, c’est cette singularité qui nous rend forts. Même chose dans le cadre du travail : j’ai en face de moi des êtres humains, c’est tout. En Belgique, j’ai déjà dû composer avec des préjugés réciproques, voire un ostracisme décomplexé. J’ai eu le cas dans une grande entreprise où la secrétaire faisait le Ramadan. Ses collègues appréhendaient qu’elle n’ait des baisses de régime éventuelles. Or, c’est justement le manque de respect des particularités de chacun qui peut nuire à la performance. C’est dans la compréhension réciproque que se développe la loyauté et que se tissent les liens. Un travail d’éducation est alors indispensable au sein des équipes. C’est au manager – et à son département RH – d’instaurer cela dans son entreprise ».

Créer de la place pour l’altérité et en finir avec les clichés marketing

« De la même façon que les fumeurs ont obtenu des locaux qui leur sont dédiés, il devrait exister au sein des entreprises des ‘espaces libres’. Chacun pourrait y exprimer ses habitudes ou coutumes propres en toute liberté. Ceci est un exemple concret d’une synergie. Il peut aussi bien s’agir de pratiquer le yoga, que de prier ou faire une sieste. Ceci éviterait des polémiques aussi vaines que stériles. Donner l’occasion à chacun de vivre ses singularités permet au contraire d’harmoniser les rapports interpersonnels. On ne mesure pas ce que l’on perd en rejetant l’autre, c’est-à-dire une partie de soi-même. Par ailleurs, on entend encore trop de discours marketing, propositions de valeur et autres arguments de vente construits sur le local uniquement. Or, on ne peut pas vivre que de ce ‘fait ici’. Accepteriez-vous de ne plus jamais manger de cannelle ou de piment ? Il en va de même des individus, dont les différences toutes relatives enrichissent notre société et nos sociétés ».

Oser apprendre de ses impairs et grandir dans la diversité

Travailler et interagir avec d’autres cultures, cela s’apprend : « J’ai commis des impairs avant de maîtriser certains codes locaux. C’est ainsi que j’ai employé des expressions inadaptées à mes interlocuteurs. En règle générale, on vous explique en quoi cela n’est pas d’usage et ensuite on en rit tous ensemble. Il ne faut pas avoir de peur non fondée ». C’est dans cet esprit que Virginie Pierre met actuellement la dernière main à un livre qu’elle écrit sur le thème « Entreprendre en milieu hostile » : « Tout est tellement relatif ! J’ai vu ici des business parfois devenus hasardeux à force de ne plus se réinventer, et ensuite là-bas les feux de brousse, les pannes de courant, etc. mais en y grandissant chaque jour dans la diversité. En ce qui me concerne, je signe à deux mains pour la seconde option, celle de l’internationalisation et de la multiculturalité ».

Virginie Pierre

Virginie Pierre

Virginie Pierre a un parcours à la croisée du serial entrepreneuriat, des relations publiques et du business development. Après 7 années aux commandes du Réseau de femmes entrepreneurs Diane, elle a décidé de se consacrer à temps plein à ses propres projets. Aussi, depuis 2018, elle vit entre la Belgique et la Guinée Conakry, à Dalaba, où elle forme et accompagne des coopératives de starters, pour la plupart des femmes, dans le cadre de micro-projets. Elle y a également développé Icônes Guesthouse, à la fois maison d’hôtes pour les voyageurs et espace de coworking, lieu de formation et résidence d’artistes-entrepreneurs.