Alors que les chiffres du burnout font régulièrement la une des médias, certains font le choix d’une culture du bien-être : il s’agit du « lagom » (en suédois). Ce remède anti-burnout, venu des pays nordiques, prône la modération, à savoir le « ni trop, ni trop peu ». Il trouve des applications dans chacun des aspects de notre vie : consommation, alimentation, habitat… mais aussi dans le travail. Consultante en ressources humaines depuis près de 40 ans, Claire Vanroy explique comment cette culture du bien-être peut également être appliquée dans les entreprises.

Croire au collectif et en la solidarité

Claire Vanroy décrit comment on peut grandir et faire grandir ensemble : « Chez Deltatec, où je suis actuellement consultante RH, nous avons engagé une quinzaine de personnes au cours des trois dernières années. L’entreprise compte à présent 66 collaborateurs, alors qu’au départ, il y a juste 30 ans, il s’agissait d’une start-up portée par 3 jeunes patrons aux profils complémentaires. Le grand principe chez nous est de travailler avec des personnes qui ont des idées et qui les partagent. Nous mettons ainsi l’accent sur le collaboratif : lorsque nous envoyons un de nos produits dans l’espace, nous savons qu’il s’agit d’un succès collectif ». C’est là une des bases mêmes du lagom : abolir l’esprit de compétition entre collaborateurs, le culte des résultats et l’individualisme encore trop souvent encouragés au sein de certaines entreprises.

Viser le juste équilibre entre vie privée et travail

Le lagom, c’est aussi ne travailler ni trop, ni trop peu. En Suède, après 17 heures, la plupart des entreprises sont désertes. En effet, seul 1% de la population active suédoise effectue des heures supplémentaires. Rester tard serait même considéré comme une preuve d’inefficacité. Claire Vanroy : « Nous donnons des horaires de travail à titre indicatif, car nous veillons à ce que nos employés trouvent un équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Non seulement le management a confiance en ses collaborateurs en les laissant prester leurs heures de manière flexible, mais il montre également l’exemple. Ils poussent les collaborateurs à prendre tous leurs jours de congés. Ils n’ont pas peur non plus de laisser gérer le quotidien à l’équipe en place ».

Mettre en place des solutions conviviales toutes simples

Au quotidien, pour une entreprise, le lagom peut signifier :

  • S’accorder des pauses-café dans un espace convivial ;
  • Organiser des comités des fêtes et sports entre collègues ainsi que des journées découvertes ;
  • Mettre à disposition de tous un panier de fruits ou des biscuits ;
  • Organiser une cantine locavore (c’est-à-dire où l’on mange local et de saison), car le lagom est aussi durable…

« Ce sont autant d’occasions de sortir la tête de ses dossiers et de se retrouver entre collègues… pour ceux qui le souhaitent évidemment ! Il y a en effet des employés plus sociables que d’autres. Nous ne forçons personne ». En Suède, par contre, deux pauses, appelées « pauses fika », sont institutionnalisées et obligatoires : une en fin de matinée et une autre début d’après-midi.

Former et recruter autrement

En tant que responsable RH, Claire Vanroy a su expérimenter certains concepts et outils : «  Fin 2017, nous avons organisé une journée de formation à l’attention de tous les membres du personnel, pour découvrir, le structogram. Il s’agit d’un outil « simple » qui permet de dégager le profil qui correspond à chacun. Il n’existe pas de bon ni de mauvais profil. Chacun découvre ou redécouvre qui il est et combien l’autre peut être différent de soi ». Forte de sa longue expérience, la responsable ressources humaines a bien compris ce qui est éculé ou n’a plus de sens dans une entreprise qui pratique le lagom : « Lorsque nous publions une offre d’emploi, nous laissons tomber les formules telles que "avoir une bonne résistance au stress" ou "être flexible". Nous ne souhaitons en effet pas cultiver la productivité à tout prix et encore moins le "présentéisme", à savoir : être là pour faire plaisir au patron ».

Prendre chacun ses responsabilités et savoir écouter

Enfin, Claire Vanroy reconnaît que le bien-être au travail est de la responsabilité de chacun : « Il est triste de devoir attendre une législation du bien-être au travail pour s’y mettre, ou pire, des crises au sein des équipes, comme des burnouts, des départs ou un turnover important. Que l’on soit son propre patron, employeur ou travailleur, il ne faut pas se laisser dépasser par le poids des obligations. Il importe de savoir dire "stop" ou de demander à ce que les priorités soient redéfinies. On connaît tous des moments de rush en raison d’un pic d’activité, un événement important ou un dossier à boucler, mais il faut veiller ensuite à rétablir son équilibre. À ce moment-là, l’écoute est primordiale, celle des autres et celle de soi-même ».

Mettre en place des mesures préventives pour viser le bien-être au quotidien

Existe-t-il des entreprises ou des secteurs plus prêts que d’autres au lagom ? La consultante RH constate : « Ce qui va surtout entrer en ligne de compte, c’est le type de direction dans l’entreprise, ainsi que le coût des actions à mettre en place pour le bien-être au travail. Si l’on se heurte à l’argument financier, il ne faut pas hésiter à rappeler que l’absentéisme – parce que l’employé a fini par tomber malade – a aussi un coût ! Donc autant mettre en place des mesures préventives et faire de petits gestes au quotidien en faveur du bien-être au travail ».

Claire Vanroy

Claire Vanroy

Claire Vanroy est consultante en ressources humaines depuis près de 40 ans. Elle est également coach pour les entrepreneurs dans les entreprises et pour les particuliers. Ce qui lui tient à cœur par-dessus tout, tant dans le cadre de son métier que dans sa vie privée, c’est d’aller à la rencontre de l’autre. Elle exerce actuellement chez Deltatec, (société active dans le design software et hardware, essentiellement en applications aérospatiales & TV broadcast) et est également le support RH dans d’autres structures en évolution.