Depuis quelques semaines, le réseau social Facebook permet aux entreprises de vendre leurs biens via son site. Les annonces peuvent alors être associées au fameux bouton 'Buy' grâce auquel les internautes intéressés peuvent acheter en quelques clics. Nous avons demandé à Patricia Ceysens, présidente de Becommerce, si il s’agit là d’une approche intéressante.

"Ce bouton 'Acheter' n'est encore déployé que de manière très limitée, mais ne me paraît guère plus qu'un test à l'heure actuelle", explique Ceysens. "D'autres géants de l'internet comme Google sont aussi en train d'expérimenter la solution et s'intéressent donc toujours plus à l'e-commerce. Il s'agit là d'une évolution à la fois naturelle et normale : ce sont des entreprises commerciales cotées en bourse qui doivent générer des bénéfices, ce qui est leur objectif dans ce cas-ci."


Vente forcée ?

Ceysens n'est pas convaincue du succès d'une telle approche. "Je me demande si le public va accepter cette démarche. Un réseau social est destiné à rapprocher les gens, avec une dimension sociale importante et une notion de communauté. Si l'on se met à y vendre purement et simplement, cette perception est largement dénaturée.  Il n'est plus question d'engagement informel, mais plus ou moins 'imposé'. Ce qui explique mon scepticisme."

De même, Kristof Drossaert, professeur en stratégie numérique à la Karel De Grote-Hogeschool (Anvers) n'estime pas que Facebook s'imposera comme web shop. "Pour l'instant, ce sont principalement les petites boutiques artisanales qui utilisent Facebook comme canal de vente", explique-t-il. "En général, les magasins associent un module d'e-commerce spécifique à Facebook, de sorte que l'on est finalement aiguillé vers leur propre site internet. Acheter sur Facebook même est encore très embryonnaire."

"Si cette nouvelle stratégie s'explique notamment par le fait que Facebook possède sa propre solution de paiement, trop peu d'internautes lui font suffisamment confiance", estime encore Drossaert. "Facebook sait tout sur nous, mais je crains bien que déposer de l'argent pour faire des achats, c'est aller trop loin pour nombre d'internautes. Idem pour Google."


Outil marketing

Reste que, toujours selon Ceysens, la présence sur les réseaux sociaux s'impose comme une évidence. "En tant qu'outil marketing, c'est incontestablement un canal que l'entreprise ne peut négliger. Mais, permettez-moi d'insister, sans trop mettre l'accent sur le côté ventes pur. Il faut essayer de tisser un lien avec le client, de lui proposer des conseils intéressants, de l'informer sur ce que vous faites, de lui raconter une histoire. Ceci est bien plus important que de tenir un discours commercial strict."


Une après-midi par semaine

Et cette approche n'a rien d'une sinécure, précise Ceysens, ce que sous-estiment d'ailleurs de nombreux entrepreneurs. "Construire une communauté, puis l'étoffer avant de l'entretenir d'une manière ingénieuse et ludique: voilà qui n'est pas chose aisée ! J'entends nombre d'entrepreneurs se plaindre qu'ils doivent assumer cela en plus de leurs tâches quotidiennes. Pourquoi ne pas consacrer une après-midi par semaine à sa présence en ligne ? Je pense que ce ne serait pas une mauvaise idée pour beaucoup de magasins."

Patricia Ceysens

Patricia Ceysens

Patricia Ceysens est député Open VLD et est représentante permanente à la commission économique. Elle est également présidente de l'association BeCommerce.

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