La lutte contre le gaspillage alimentaire concerne toute la chaîne de production.  Mais comment concilier équilibre écologique et résultats socio-économiques ? Quelques pistes concrètes avec Laurence Baudelet, propriétaire de la petite exploitation agricole La Fleur des Champs.

Défis et enjeux collectifs

Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), plus d’un tiers de la production mondiale de nourriture n’est pas consommé. Dans nos pays industrialisés, c’est surtout le particulier qui est responsable du gaspillage, puisqu’il en est responsable à hauteur de 42%. De ceci, 60% pourrait être évité (Source : Eurostat). Rien qu’en Belgique, Test-Achats chiffre le gaspillage alimentaire à 3,6 millions de tonnes par an. L’enjeu est de taille lui aussi : lutter contre la surconsommation et le gaspillage, tout en posant un geste fort contre la crise.

Depuis les instances jusqu’aux « Gueules cassées »

L’objectif fixé par l’Union européenne ? Réduire de 30% ce gaspillage d’ici 2025. Depuis l’année européenne de lutte contre le gaspillage alimentaire (2014), des mesures sont prises chez nous, tant en Flandre qu’en Wallonie. Certains supermarchés multiplient les réductions sur les produits « déclassés », tandis que des mouvements gagnent du terrain (à l’image du collectif d’origine française « Les Gueules Cassées », qui encourage à la consommation de produits alimentaires « moches »).

Passer par le circuit court pour moins gaspiller ?

Entre autres causes du « délit de faciès » qui frappe certains produits :

- L’écart par rapport aux standards (calibre, forme et couleur) peut déclasser un aliment.

- L’obsession de la date de péremption.

- Le marketing de la surconsommation : « 2 + 1 gratuit », c’est souvent trop !

- Les facteurs météo : les intempéries endommagent les cultures.

Le circuit court est déjà un moyen de lutter contre ces vecteurs de gaspillage. Laurence Baudelet en fait chaque jour l’expérience : « Nous vendons directement au consommateur et ainsi :

- Nous échappons aux critères de standardisation imposés aux grandes enseignes.

- En nous accompagnant au potager, les clients sont sensibilisés à consommer autrement : ils réalisent que l’esthétique est secondaire.

- Les produits restent frais ‘de la fourche à la fourchette’.

- Les personnes seules ou familles décident des portions adéquates.

- Cela établit un lien de confiance entre producteur et client.

Les produits décatis ou abîmés ne sont pas impropres à la consommation. Ils peuvent être valorisés en rentrant dans le circuit de la transformation (en confitures, quiches ou soupe), puis vendus au magasin.

Croissance et réalités du marché

Ce modèle a permis une belle évolution : « Le potager familial s’est étendu sur 40 ares. Pas moins de 500 pots de confiture sortent de chez nous chaque année. Notre cuisine privée n’a plus suffi et l’AFSCA est entrée dans la boucle. Nous investissons donc dans un atelier. Cela aura l’avantage de bien séparer notre vie privée de notre vie d’entrepreneur ». 

Les spécificités de marchés et de publics sont, quant à elles, bien identifiées par Laurence Baudelet : « Notre région est très belle, mais aussi très pauvre, avec un taux de chômage de 25%. Certes, le tourisme draine un autre type de clientèle, mais notre politique prix doit quand même rester raisonnable. En plus d’éduquer lors de nos visites pédagogiques, nous aimerions à terme rentrer dans un processus de dons aux banques alimentaires, mais les pistes nous manquent encore ». Une belle initiative, en passe d’être de plus en plus appuyée par des mesures fédérales (défiscalisation et élargissement de l’exonération de la TVA aux dons d’invendus alimentaires).

Laurence Baudelet

Licenciée en biologie, Laurence Baudelet porte la double casquette d’enseignante, depuis une quinzaine d’années, et d’agricultrice, depuis 2011. Son loisir est devenu une TPE : La Fleur des Champs, à Olloy-sur-Viroin (Province de Namur) où elle cultive et vend de l’alimentation bio.

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