A l’heure des débats mobilité, environnement et bien-être des employés, en quoi le télétravail peut-il être un levier pour nos entreprises ? Etat des lieux avec Frédéric Robert, avocat spécialisé en droit social et en réglementation du télétravail.

Travailler autrement

Télétravail, home office, travail à domicile, télétravail à domicile, emplois nomades… Ce sont autant de façons de travailler. Ces NWOW (pour « New Way Of Working ») sont différentes et souvent confondues entre elles. Le télétravail désigne l’exécution d’une activité professionnelle à distance, et ce, en recourant toujours aux technologies de l’information et de la communication (TIC). Le travail à domicile n’implique, lui, pas nécessairement l’emploi des TIC.

Le potentiel des technologies

Le terme « télétravail » remonte aux années 70, avec les premiers modems. Cette méthode de travail s’est développée ensuite plus ou moins informellement. Dans les années 90, elle a commencé à être cadrée par une réglementation, en Belgique comme au niveau européen. Cela coïncide avec le boom des TIC (VPN, mails, web, etc.), l’émergence de la génération dite « Z », et tout le potentiel que cela représente pour les entreprises. 

Epanouissement et productivité

Lors des enquêtes, certains confient avoir tendance à en faire plus lorsqu'ils travaillent à distance ; d'autres préfèrent carrément venir se concentrer ou encore interagir au bureau. Auprès de la majorité des télétravailleurs, on note un accroissement de :

- la flexibilité et l’autonomie 

- la qualité de vie et l’équilibre vie privée/vie professionnelle

- la motivation et la productivité

Des coûts réduits

Du côté de l’employeur, une fois les investissements faits pour l’équipement IT et la sécurisation du réseau, il y a lieu de parler d’économie. Celle-ci est liée essentiellement à l’espace et aux frais inhérents à sa location son chauffage et autres dépenses facilitaires. Le poste des « locaux » constitue en effet le 2e coût, après le personnel. Frédéric Robert insiste sur l’intérêt que cela peut présenter : « Dans le cadre d’une PME en pleine expansion, imaginez le gain en louant un plateau de 4 postes de travail avec un turnover de 8 employés, qui viendraient se connecter à tour de rôle ». Ajoutez à cela que l’employé qui ne fait pas de navettes ne génère ni frais de déplacement, ni usage de sa voiture de société. 

Repenser son management

Le principal frein au télétravail n’est pas d’ordre financier. Quel est alors le point bloquant ? Les préjugés des patrons et du management. Frédéric Robert le constate : « Il y a toute une éducation à faire. Il faut vraiment apprendre à gérer la distance qui va s’établir avec le collaborateur. On peut aussi craindre que celui-ci ne s’isole par rapport au reste de l’équipe. Il est donc rare d’avoir un temps plein en télétravail. En général, c’est de l’ordre de 2 jours/semaine maximum. Cela doit se penser et se construire entre les parties. C’est une véritable philosophie d’entreprise ».

Pas d’improvisation

Avant de passer en mode télétravail, il faut :

- évaluer les profils et fonctions qui s’y prêtent 

- faire un test à l’échelle d’un département

- formaliser via un contrat les aspects sécurité, assurance, vie privée/vie professionnelle, part des coûts employeur/salariés…

- consulter le syndicat, s’il y en a un

Un réel atout socio-économique

Avec 20% de sa population active en télétravail, la Belgique vient devant ses voisins français et le bassin méditerranéen. Parmi « les bons élèves » ? Ce sont surtout la Hollande et les pays scandinaves. Des exemples à suivre, surtout au vu des statistiques : entre 2012 et 2015, la durée de trajet vers Bruxelles de 9 travailleurs sur 10 a augmenté de 25% (chiffres : Agoria, 2015). Nombreuses sont les entreprises bruxelloises à reconnaître leur difficulté à recruter du personnel, mais aussi à le conserver pour cette même raison. Le télétravail change donc la vie de l’entreprise et du travailleur, mais il pourrait contribuer aussi à revoir certains modèles et à donner un nouveau souffle socio-économique.

Frédéric Robert

Frédéric Robert

Avocat spécialisé en droit social, Frédéric Robert est l’auteur de nombreux ouvrages et articles sur le télétravail

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