Pendant que nous écrivons nos e-mails, nous travaillons simultanément sur deux dossiers différents, envoyons le planning de la prochaine réunion, téléphonons et restons en contact avec nos collègues par messagerie instantanée. Le multitasking semble être devenu la norme dans de nombreuses entreprises, notamment grâce au smartphone. Mais est-ce réellement une bonne chose ? Absolument pas, d’après le neuropsychiatre Theo Compernolle : le multitasking implique que le collaborateur travaille moins vite et moins bien.

Notre cerveau n’est pas fait pour le multitasking

Notre cerveau n’est tout simplement pas fait pour le multitasking, c’est une illusion.

« Être continuellement connecté est une catastrophe pour notre productivité intellectuelle », selon Theo Compernolle. « Notre cerveau n’est tout simplement pas fait pour être multitâches, c’est une illusion », explique-t-il.  « Il n’est pas possible de se concentrer sur plusieurs choses à la fois puisque cela induit de constamment détourner notre attention, ce qui mène à de grandes pertes. Cela fonctionne comme dans une usine. Si on doit passer de la production de cubes Lego verts à celle de cubes bleus, la plus grande perte de temps et d’efficacité résidera dans le nettoyage de la ligne de cubes verts et dans l’adaptation aux cubes bleus. Il en va de même pour notre cerveau. À chaque fois que nous passons d’une tâche à une autre, nous perdons en énergie, en mémoire ainsi qu’en qualité, et faisons donc plus d’erreurs. Être multitâches est, par conséquent, incroyablement contre-productif : nous avons besoin de beaucoup plus de temps, non pas pour effectuer le même travail, mais pour effectuer un travail moins qualitatif. »

 

Le fait de simplement répondre à des e-mails pendant l’exécution d’une tâche complexe force la mémoire de travail à tout stocker dans la mémoire temporaire et à récupérer des informations de la mémoire à long terme. « Cette jonglerie d’informations demande beaucoup de temps et d’énergie. Par ailleurs, elle mène à la perte de beaucoup d’informations qui n’avaient pas été enregistrées. De nombreuses expériences démontrent que même le fait d’alterner entre deux tâches aisées leur fera prendre deux fois plus de temps que si elles avaient été effectuées l’une après l’autre, suite au nombre accru d’erreurs commises et au stress supplémentaire occasionné ».

Se déshabituer du multitasking

Un facteur important qui a fortement favorisé le multitasking a été l’émergence du smartphone. « Alors que le burn-out concernait auparavant presque exclusivement les plus de 45 ans, nous constatons aujourd’hui que ce phénomène touche de plus en plus souvent les 25-35 ans, qui sont connectés en permanence. Il est ainsi devenu difficile d’effectuer notre travail dans les mêmes délais que précédemment. Nous n’arrivons pas à le terminer et n’obtenons pas le même niveau de qualité car notre cerveau est fragmenté et accro au smartphone. Ceci peut être interprété littéralement : à chaque « ping » signalant l’arrivée d’un nouveau message, notre cerveau libère une dose de dopamine. »

 

« Une certaine discipline est nécessaire pour se débarrasser de cette dépendance », explique le professeur Compernolle.

  • “C’est un peu comme arrêter de fumer. Vous devez essayer de remplacer la courte satisfaction que vous procure le smartphone par une satisfaction à plus long terme : celle d’avoir effectué un meilleur travail et ce, plus rapidement. Ainsi, en éteignant votre téléphone, votre travail sera assurément de meilleure qualité et vous vous rendrez compte que cette satisfaction est de plus longue durée.
  • Au bureau, il est important que les personnes se mettent d’accord quant à la manière de fonctionner. J’ai récemment discuté avec le manager d’une entreprise qui me disait fièrement demander à ses collaborateurs de répondre aux e-mails de clients endéans les vingt minutes. Il a eu l’air très surpris quand je lui ai expliqué que c’était de la folie pure.
  • Commencez donc au niveau de la direction. Chaque employé doit avoir le droit de ne pas être dérangé pendant un certain laps de temps. Cela peut, par exemple, déjà être pris en compte dès la conception du lieu de travail : sachez par exemple que les bureaux en open space favorisent le multitasking.

Encourager l’anti-multitasking dans votre PME

Dans certaines entreprises, cette vision fait peu à peu son chemin. « Delta Lloyd Life a récemment testé le « Mardi Silencieux ». Pendant toute la matinée, les téléphones devaient rester éteints et les e-mails non lus, les réunions étaient déplacées et les collègues ne pouvaient se déranger les uns les autres. C’est tout à fait faisable dans les PME également. Je connais un avocat qui écrit dans son out-of-office qu’il n’est pas joignable, car il veut se concentrer à 100% sur ses dossiers », illustre Compernolle. « Ou encore au sein de l’entreprise Deusjevoo, à Genk, où tous les bureaux sont cloisonnés et où l’on dédie trois fois par jour trois quarts d’heure à une période « sans dérangement ». Chacun a ainsi l’opportunité de rester concentré sur son travail. En outre, tous les collaborateurs ont une lampe rouge. Si la lumière est allumée, l’employé ne peut pas être dérangé durant les vingt minutes suivantes. Celui qui ne respecte pas cela se voit octroyer des points de pénalité. En fin de semaine, la personne ayant récolté le plus de ces pénalités doit cuisiner un gâteau pour ses collègues. ».

Theo Compernolle

Contributeur:

Theo Compernolle

Le professeur Theo Compernolle est neuropsychiatre. Il est professeur adjoint au sein de l’école de business CEDEP de Fontainebleau et travaille comme consultant international indépendant, executive (team)coach, formateur et conférencier d’honneur/motivationnel. Il travaille depuis 1976 sur le thème du stress. Il est également l’auteur du bestseller « Le stress, ami et ennemi ».

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