Très peu de marques de mode belges fabriquent encore leurs produits dans leur propre pays. La plupart des fabricants se tournent vers les pays de l’Est, la Turquie ou l’Asie. Ellen Kegels, de la marque d'articles de bonneterie LN, a pris la direction opposée et s’est retrouvée au Pérou. Comment gère-t-elle cette production outremer et quelles difficultés rencontre-t-elle ? 

Pourquoi s’engager dans une production à l’étranger ?

LN est la partie visible de la collection d’articles en tricot qu’Ellen Kegels a lancée il y a quinze ans. Adolescente, elle tricotait des écharpes et des bonnets qu’elle vendait à ses amis, aux voisins et aux membres de sa famille. Lorsque le concept a pris, elle a tenté d’établir un réseau de... mamies pour la production. « J'avais contacté à cette fin des maisons de retraite, mais d’un point de vue pratique et juridique, c’était extrêmement compliqué » nous explique-t-elle. « Ensuite, j’ai encore essayé auprès des prisons pour femmes et des ateliers protégés, mais sans succès. La collaboration avec des ateliers protégés s’avérait beaucoup trop coûteuse. Si j’avais dû répercuter ces coûts, mes bonnets et mes écharpes auraient été invendables. »

Les graines de la mode équitable au Pérou

Entre-temps, Ellen avait atterri dans le monde de la publicité, dans des agences situées à Bruxelles, à Anvers et à Londres. « Cela a été idéal pour apprendre à traiter avec les clients, préparer les budgets et négocier les contrats. Et j’ai aussi rencontré Lyn Verelst de l’ONG Solid. »

Solid était alors engagée dans des projets au Pérou, entre autres avec des mères adolescentes et des habitants pauvres des régions rurales. Au même moment, Ellen recherchait une capacité de production pour ses articles de bonneterie. Une formule idéale pour tous – un win-win - a alors pris forme. « En 2011, j’ai quitté le monde de la publicité et je me suis lancée corps et âme dans la mode. Toute la collection est confectionnée aujourd’hui avec de la laine de bébé alpaga d’Amérique du Sud. Travailler au Pérou m’a aussi donné la possibilité de fabriquer de la mode équitable (fair fashion): confectionner des vêtements dans des conditions humaines, avec des personnes qui reçoivent un salaire décent et dont le travail est respectueux de l'environnement. »

Actuellement, les manteaux, les gilets, les écharpes, les bonnets, les pulls et les gants de LN sont fabriqués sur trois sites au Pérou. Près de 350 femmes s’adonnent au tricot et au crochet chaque jour. « Je ne suis pas présente en permanence là-bas » explique Ellen. « Je me rends une ou deux fois par an au Pérou et j’emploie une Péruvienne comme agent de liaison. Elle nous tient constamment au courant de tout ce qui passe là-bas. Cette collaboration se déroule dans les meilleures conditions possibles. Elle parle parfaitement l'anglais et travaille de manière très professionnelle. »

Résoudre les différences culturelles et surmonter les obstacles pratiques

Cela ne signifie pas, bien entendu, qu’une production effectuée à quelques milliers de kilomètres de notre siège ne présente aucun défi. « Tout d’abord, il ne faut jamais oublier que l’on traite avec des personnes », commente Ellen. « Ce ne sont pas des robots équipés d’un bouton que vous pouvez actionner pour déclencher l’action de votre choix. En outre, nous sommes confrontés à de nombreuses différences culturelles. Nous fabriquons des vêtements relativement élégants, modernes, avec parfois des détails et une finition sophistiqués. Cela peut prendre du temps avant que les personnes sur place ne maîtrisent la technique recherchée. Notre contrôle qualité est lui aussi très poussé : chaque pièce doit être parfaite. »

Et puis, il y a encore les obstacles pratiques. « Le décalage horaire, par exemple. Lorsque nous commençons notre journée de travail, elle est déjà quasiment terminée au Pérou. En gros, nous sommes toujours un jour en retard. Par ailleurs, le transport n'est pas toujours facile. Il y a de nombreux contrôles stricts de drogues dans les avions et, dans certains cas, cela peut nous amener à rater une date limite. Last but not least, la bureaucratie. Travailler au Pérou, cela signifie un grand nombre de formalités administratives et une lourde bureaucratie, mais heureusement, tout cela est derrière nous à présent.» 

Développer la Fair Fashion ou la mode équitable

Malgré tout cela, LN a d’ores et déjà des plans bien avancés pour étendre la production en Amérique du Sud. « Nous collaborons maintenant avec un nouvel agent en Belgique qui va nous permettre d’élargir de manière significative notre réseau de magasins » explique Ellen. « Et nous nous tournons aussi vers l’Asie. Nous sommes actuellement en train de négocier des partenariats avec le Japon et la Chine. J'aimerais également étendre la collection et commencer à travailler avec d’autres matériaux. Bien entendu, toujours dans la philosophie de mode équitable et de conditions de travail décentes. » 

Ellen Kegels

Ellen Kegels

Ellen Kegels a fait des études en sciences de la communication et tricote elle-même des écharpes et des bonnets depuis son adolescence. Dans un premier temps pour la famille et les amis, mais en 2005, elle a créé LN Beanies et ensuite LN Andes en 2011. En 2013, elle a publié son premier livre « Goedgemutst », avec des patrons de bonnets en tricot et en crochet. En novembre 2014, un deuxième livre a été publié : « In Mijn Nopjes ». Ellen est aussi une véritable fan de la cuisine et a écrit un livre de cuisine avec des recettes saines : #LNFairFood. 

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