La digitalisation est avant tout un phénomène irréversible et omniprésent. Ce sont souvent ses aspects négatifs qui sont mis en avant : elle est la cause de la perte d’emploi, de stress supplémentaire, de la cyberdépendance, de la perte de la vie privée, etc. Pourtant, Thierry Geerts, country manager de Google Belgique, voit la digitalisation comme une opportunité pour les entrepreneurs plutôt qu’une menace. Dans cet article, il nous parle un peu plus de Digitalis : il donne sa vision d’un pays numérique avec 4 milliards d’habitants connectés… et avec la Belgique comme capitale ?

Digitalis, un pays d’opportunités

« Digitalis est une contrée non seulement numérique, mais également réelle qui a pour habitants les 4 milliards de terriens qui ont accès à internet. En 2020, ce nombre d’habitants atteindra les 5 milliards et, à terme, on comptera tous les occupants de la terre. C’est une opportunité énorme, et ce en particulier pour les entrepreneurs : 4 milliards de consommateurs qui se trouvent à une distance de quelques clics de souris. La digitalisation permet également d’automatiser et d’accroître l’efficacité, de communiquer et de recruter de manière beaucoup plus ciblée, de travailler de n’importe où et de motiver le personnel de manière nouvelle, etc. Il y a donc énormément de possibilités pour quiconque le désire. »

Un état d’esprit conservateur chez les entrepreneurs

Les gens sont conscients de l’évolution, mais l’urgence fait défaut.
Malgré toutes ces opportunités, certains continuent d’adopter une attitude attentiste. Par peur ? Serait-ce parce qu’ils se focalisent plus sur les dangers que les avantages ? Thierry Geerts : « Je prends souvent la parole devant des entrepreneurs. Quand je demande qui réserve ses vacances en ligne, presque toutes les mains se lèvent. Par contre, si je demande qui parmi eux a déjà vendu quelque chose en ligne, alors ils ne sont plus que 10 à 15% à l’avoir fait. Nous rencontrons ici un problème culturel : certains de nos chefs d'entreprise sont souvent conservateurs et pensent pouvoir s’en sortir avec un business model vieux de 20 ans. Les gens sont conscients de l’évolution, mais l’urgence fait défaut. »

Préjugés

De plus, de nombreux préjugés persistent. « Quand on pense digitalisation, on pense tout de suite à des coûts élevés et à des investissements. Cependant, c’est rarement le cas : en première instance, passer à l’automatisation ou au cloud, peut coûter, mais sur le long terme c’est rentable. Il en va de même pour le marketing : former votre équipe prend du temps et coûte de l’argent, mais une fois que c’est fait, le marketing digital permet de communiquer de manière beaucoup plus efficace et ciblée. Un autre préjugé populaire est le suivant : on pense que la digitalisation est réservée aux grandes entreprises technologiques basées dans la Silicon Valley ou en Chine. Le meilleur contre-exemple que j’ai est Coolblue, une idée de trois étudiants néerlandais, ou encore Amazon, fondée par Jeff Bezos dans son garage à Seattle et qui est  désormais une des plus grandes entreprises du monde. »

Une nouvelle Révolution industrielle

Qu’est-ce qui est nécessaire alors pour franchir le pas ? Thierry Geerts explique : « Franchir le pas vers une digitalisation demande de l’audace et une vision. Malheureusement, dans la pratique, on voit souvent que ce sont les pressions externes ou les crises qui permettent de faire avancer les choses. Prenons pour exemples Tesla pour la voiture électrique, Uber pour le secteur des taxis, ou encore la crise bancaire de 2008 en Belgique. Cette dernière a obligé les banques à se réinventer et c’est grâce à elle que nous jouissons aujourd’hui de merveilleuses applications bancaires. Le secteur des assurances est resté à l’abri des crises, voilà pourquoi il est à la traîne en matière de digitalisation.»

Et quel est le rôle des pouvoirs publics ? « Ils délivrent du bon travail grâce à Digital Belgium ainsi que les efforts des ministres De Croo et Muysters. Malgré tout, il reste encore du chemin à parcourir : nos formations ne sont pas adaptées à la réalité actuelle et il est souvent difficile de trouver les bons profils dans la guerre des talents. Mais, en tant qu'entrepreneurs, nous ne pouvons pas attendre éternellement que ces changements se produisent. La digitalisation que nous vivons aujourd’hui est la quatrième Révolution industrielle et une transformation aussi fondamentale n’est complète que si toutes les parties concernées sont impliquées: gouvernements, consommateurs et entreprises. »

Sommes-nous sur la bonne voie ?

Il y a du pain sur la planche avant de pouvoir déclarer la Belgique comme capitale de la planète Digitalis. « Pourtant il y a déjà de quoi être fier : pensez à ces applications bancaires ou encore puces hyper avancées du centre de recherche louvaniste de renommée mondiale, imec. Ce centre d’expertise soutient par ailleurs les projets technologiques et digitaux via un accélérateur pour start-up (imec. istart) ainsi qu’un ‘Open Call ' semestriel pour les nouveaux projets. Nous pouvons en être plus fiers », conclut Geerts. « La Belgique est également un leader mondial dans les domaines pharmaceutiques et biotechnologiques, mais ça, personne ne le sait » (rires).

Thierry Geerts

Thierry Geerts

Thierry Geerts est ingénieur commercial et possède un riche curriculum en affaires et médias, avec notamment des passages chez PricewaterhouseCoopers, Rentokil, Sydes, Passe-partout, Corelio et Arkafund. Depuis 2011, il est country manager de Google Belgique. Dans son livre Digitalis, il explique sa vision d'un avenir digital et préconise de faire de la Belgique un centre mondial de l'IA.