A l’heure des débats sur notre empreinte écologique, des entrepreneurs ont fait le choix d’agir dans cette voie et ont même décidé d’en faire leur métier. C’est le cas de Lucie Vanroy, ecodesigner qui crée des luminaires et du mobilier à l’aide d’éléments de récupération. Il s’agit d’upcycling (en français : surcyclage). Elle évoque les défis mais aussi les opportunités de ce secteur.

Profiter d’une tendance pour lancer son activité

L’upcycling est une tendance du design à utiliser des objets et matériaux de réemploi afin de créer de nouveaux objets ou mobilier. Elle s’est amorcée il y a une vingtaine d’années et remporte un succès toujours croissant et ce, tant auprès des entreprises que du grand public. Lucie Vanroy explique : « Depuis une dizaine d’années, on sent s’intensifier l’engouement pour l’upcycling. Cela s’inscrit dans la même idéologie que le respect de l’environnement, la réduction des déchets et de l’empreinte carbone ou encore le développement durable, le commerce de proximité et les circuits courts ».

S’appuyer sur un label existant

La devise de Lucie Vanroy est « Rien ne se perd, tout se transforme ». Mais les convictions ne suffisent pas, il faut répondre à certains critères définis par Wallonie Design pour être qualifié d’ecodesigner. Ceux-ci ont trait à:

  • La provenance des matériaux utilisés : soit on récupère, soit on emploie du neuf, mais il faut s’assurer qu’il ait une origine éthique ou un label de type FSC (« Forest Stewardship Council » - label destiné aux produits constitués de bois ou de papier issus d’une gestion durable des forêts et/ou du recyclage qui garantit également la traçabilité du produit tout au long de la chaîne de commercialisation) ;

  • La naissance même du produit : il s’agit de donner vie à un objet qui permet de renouer avec quelque chose de juste et non de faire dans la surproduction ou de créer de futurs déchets ;

  • La durabilité : le secteur ne connaît pas l’obsolescence programmée ;

  • Le mode de production : elle doit se faire sans aucune nocivité ou pollution, et dans le respect des individus ;

  • Le circuit de distribution : plus il est court, mieux c’est ;

  • Le type de livraison : par exemple, livrer à vélo comme le fait Lucie Vanroy

A travers ce concept d’upcycling, c’est toute la chaîne de valeur qui se trouve ainsi repensée.

Bénéficier du réseau d’une plateforme reconnue

« Depuis 5-6 ans, on sent vraiment plus de légitimité au sein du secteur. Une plateforme comme Wallonie Design recense tous les ecodesigners wallons répondant à ces critères sous un onglet Eco-Design. Nous avons aussi notre Eco-label. Ce n’est pas un organisme de contrôle, mais plutôt une vitrine grâce à laquelle les consommateurs peuvent nous trouver ou encore une espèce de grand bottin des ecodesigners de chez nous ». Bref, il s’agit d’un outil de promotion à part entière.

Faire de son projet un maillon de l’économie circulaire

Cette discipline n’est pas seulement favorable à l’écologie mais aussi à une économie dite « circulaire ». En effet, en revalorisant des matériaux ou objets a priori considérés comme des déchets, on les réinjecte dans le circuit de l’économie. « Je récupère par exemple des chutes de bois d’une menuiserie située en Flandre et je les transforme en luminaires. Ou encore, l’entreprise Kewlox® m’a également cédé de beaux déchets ». Cela crée par ailleurs une belle synergie de part et d’autre de la frontière linguistique mais aussi entre le secteur industriel et le petit artisan.

Réfléchir à son positionnement sur le web

En 14 ans, Lucie Vanroy a vu évoluer le métier. Internet y joue un rôle un peu ambigu, car il facilite et complexifie à la fois son métier : « Le web est un outil de diffusion et de promotion remarquable, et ce, qu’il s’agisse d’un site, d’un e-shop ou d’une page Facebook. Par contre, il rend aussi le travail d’ecodesigner plus compliqué. En effet, bon nombre de sites ou blogs expliquent comment réaliser des objets do-it-yourself (ndlr : faits soi-même). C’est autant de sources d’inspiration, voire de possibilités de copier les créations des ecodesigners ».

Se renouveler continuellement pour se distinguer de la concurrence

Pour Lucie Vanroy, il est important de constamment essayer de se renouveler afin de rester compétitif face à la concurrence : « Pour se maintenir, il faut savoir rester original, inventif, curieux, qualitatif mais aussi se distinguer. C’est ce qui constitue la force de l’artisan face à la production de masse. Savoir rebondir est aussi crucial : lorsque les matériaux viennent à manquer, il faut savoir se tourner vers d’autres. Même chose des partenariats : il faut continuer d’investiguer de nouvelles pistes ».

Lucie Vanroy

Lucie Vanroy a lancé son label LV Creations en 2004. Ecodesigner, elle crée des luminaires et du mobilier responsable au départ d’objets et matériaux de récupération. Elle a réalisé en outre les luminaires de la chaîne de restauration Exki. En décembre 2017, elle a décroché le prix « La Brique d’Or » dans la catégorie « artistes de la récup’ ».