Le nouveau règlement général sur la protection des données ou General Data Protection Regulation (GDPR) sera d’application le 25 mai 2018, et ce, sur tout l’espace européen. Pour beaucoup, cela représente des contraintes, voire une certaine pression. Or, malgré le temps que cela prendra à l’entrepreneur, le GDPR peut devenir une opportunité pour nos entreprises. Le point avec Benoît De Nayer, juriste rompu tant à la réalité commerciale qu’à la protection des données personnelles.

Profiter du GDPR pour mettre sa base données clients à jour

« Il faut faire baisser cette pression concernant le GDPR et les sanctions qui pourraient être d’application chez ceux dont les pratiques ne seraient pas conformes à ce nouveau règlement. Car cela va se faire graduellement et sera source d’opportunités pour les entreprises qui se seront mises en ordre », explique Benoît De Nayer. Cela sera l’occasion de repartir sur des bases saines : au quotidien cela peut se traduire par un tri dans ses données existantes, en débusquant des obsolescences et doublons ou encore en mettant à jour ses fichiers avec le client lui-même, par exemple. Au-delà de la remise à jour de vos données, si vous effectuez cette tâche avec votre client, celui-ci appréciera le soin apporté par l’entreprise à la qualité du service.

Utiliser le GDPR comme un élément de différenciation

De par sa propre expérience à l’international, Benoît De Nayer sait combien la bonne application du GDPR peut œuvrer en faveur des entreprises belges : « Dans le secteur du marketing automation (nldr : l'ensemble des techniques et outils qui permettent d’automatiser les tâches régulières et répétitives et de fournir des outils analytiques au département marketing), ou lors des appels d’offres, il est demandé d’être conforme au GDPR. L’entreprise qui y est soumise partira donc avec un grand avantage par rapport à celle qui ne l’est pas et ce, surtout si elle se retrouve en compétition avec de grands acteurs extra-européens. En effet, si, lors d’un appel d’offres qui stipule de se soumettre au GDPR, votre entreprise est face à de grandes entreprises américaines qui, elles, ne sont pas en accord avec le GDPR (puisque celui-ci s’applique aux entreprises qui opèrent au sein de l'UE), vous partez déjà avec une longueur d’avance. Il s’agit donc d’un bel élément de différenciation ! ».

En profiter pour restaurer la confiance de ses clients

Les consommateurs se méfient de plus en plus de l’emploi qui sera fait de leurs données. Par exemple, lorsqu’ils remplissent les champs d’une enquête ou d’un formulaire, il est de plus en plus fréquent de laisser des champs vides, voire de donner de fausses informations. Ils en ont aussi assez des publicités intempestives, donc moins ils en disent sur eux, moins ils laissent de traces qui permettraient de les cerner et d’être démarchés. 

« Or, à moins d’être le boucher du coin dans un petit village, la seule façon de connaître son client à l’heure de la mondialisation pour lui adresser une communication et des offres adaptées, c’est de disposer de ses datas ». Benoît De Nayer voit ainsi en le GDPR un moyen de restaurer cette confiance perdue auprès des consommateurs en matière de données : 

« On cède plus volontiers ses datas à une entreprise quand on sait que cela se fera selon certaines bonnes pratiques et dans un cadre réglementé. C’est tout boni, par exemple, pour les sites européens en règle face à des sites chinois concurrents. Ceux-ci sont sans doute très attractifs en matière de prix mais on ignore comment ils traiteront nos données ».

Ne conserver que les données pertinentes sur ses clients

En data comme dans d’autres domaines, mieux vaut soigner la pertinence et privilégier la qualité à la quantité. Entre autres obligations en matière de GDPR, il importe que les données soient exactes, à jour et conservées uniquement dans le délai nécessaire au traitement de ces données. « En d’autres mots, revenons-en aux ‘smart data’. C’est-à-dire : allons à l’essentiel ! 

Certaines entreprises conservent des données vieilles de 40 ans. Non seulement, il y a risque d’obsolescence, mais cela engorge la capacité de stockage et cela coûte de stocker une telle quantité de datas. 

Revenir à l’essentiel, c’est repenser l’informatique de son entreprise : on ne parle plus de stockage dans le sens traditionnel du terme, mais d’engagement. On n’utilise plus que les données les plus pertinentes dans le cadre de sa relation et de sa communication au client, et celle-ci gagne en efficacité. Et enfin, se désencombrer, c’est aussi se donner l’opportunité d’être une entreprise plus agile ».

Benoit de Nayer - Actito

Benoît de Nayer

Benoît De Nayer a co-fondé, en 2000, ACTITO (auparavant CITOBI), entreprise belge leader du marketing automation. Avec son logiciel, Actito est une plateforme agile de marketing automation, qui permet de suivre et d’activer en temps réel les prospects et clients tout au long de leur parcours digital. Juriste de formation, Benoît De Nayer est spécialisé en droit fiscal, propriété intellectuelle et protection des données personnelles (GDPR).