Lorsqu’une entreprise vient à être transmise, il y a une façon de passer et de prendre la main. Cela vaut aussi pour les entreprises familiales, voire même davantage. Chez REALCO, entreprise active dans les solutions et procédés d’hygiène à base d’enzymes, la transmission a eu lieu en janvier 2018. Interview croisée père/fils entre Gordon et George Blackman, CEO successifs de REALCO, qui nous expliquent comment ils ont assuré la relève entrepreneuriale.

L’importance du timing dans la transmission familiale

Chez les Blackman, c’était décidé : le jour des 64 ans du papa, le fils prendrait la main. Le père, Gordon, explique pourquoi : « Même si on a encore très envie de poursuivre l’aventure entrepreneuriale, il faut passer la main tant qu’on est encore dans la force de l’âge et avant de s’accrocher davantage. Aussi, nous étions-nous fixé une date-clé. Par ailleurs, les jeunes sont de leur temps, et ils sauront toujours mieux agir opérationnellement face à d’autres décideurs de la même génération ». Le fils, George, précise : « Cela faisait quand même 4 ans que nous nous préparions. En ce qui me concerne, j’adorais ma précédente carrière, et je tenais à terminer ma mission dans les meilleures conditions. Je voulais aussi former mon remplaçant tout en prenant mes marques dans le poste qui allait devenir le mien ensuite chez REALCO. C’est ainsi que j’ai été 2 ans Strategy & Marketing Director, avant d’y devenir CEO ».

Communiquer de manière adéquate

George Blackman explique comment ils ont fait passer la nouvelle de cette transmission : « Nous avons soigné à la fois

  • la communication externe : nous avons adressé un communiqué à la presse en janvier 2018, lors du passage de témoin. Nous avons donné des interviews, et cela a été relayé dans les médias. Auprès des fournisseurs et clients, cela s’est fait également via LinkedIn »;
  • la communication interne : 3 mois avant le passage officiel de flambeau, nous avons envoyé une newsletter à notre personnel. Le jour même, nous avons réuni la cinquantaine de collaborateurs du site belge. Ce format de réunion informative a ensuite été maintenu sur base trimestrielle.

Cela a certes toujours été clair que je prendrais la relève, mais il est important de communiquer et d’entretenir le relationnel. J’ai bien eu une appréhension, mais celle-ci s’est révélée infondée : les partenaires et collaborateurs ont senti que je voulais rester fidèle à l’ADN et à la culture de l’entreprise. Tout se passe donc pour le mieux »

Rester force de proposition tout en passant la main

De l’avis tant du père que du fils, tout est dans le dosage entre rigueur et souplesse. Le papa illustre : « Du jour au lendemain, j’ai cessé net de m’occuper de l’opérationnel, mais je veille toutefois à me rendre disponible pour mon fils en matière de stratégie. Celui-ci me confie des missions précises. C’est ainsi que j’étudie la possibilité d’ouverture d’un bureau en Asie ou que je suis en charge des relations avec les distributeurs aux USA, etc. ». Le fils confirme : « Je sais que je peux continuer de compter sur mon père pour du coaching ou du support lors de prises de décisions cruciales ».

Clarifier les rôles d’entrée de jeu

Gordon et George Blackman s’accordent à dire qu’il faut trouver chacun sa place, et rapidement. Cela évite tant les éventuelles mésententes que les overlaps. Par contre, d’un point de vue juridique et administratif, tout est basé sur la confiance père-fils. Monsieur Blackman père explique : « Nous n’avons rien signé à ce jour. Il y a entre nous beaucoup de choses qui s’imposent comme des évidences. Cela dépend évidemment aussi du caractère de chacun. En ce qui me concerne, je ne pense pas avoir un ego démesuré, et je suis de nature à mettre assez naturellement les gens en avant, et qui plus est, mon propre fils ». George abonde dans ce sens : « À part avoir fait voter ma nomination au conseil d’administration, publié cela au Moniteur ou encore décidé de mon salaire via le comité des rémunérations, nous n’avons à ce jour rien mis en place de particulier d’un point de vue administratif. Une convention d’entreprise devrait suivre, mais ce sera plus pour la bonne forme ».


La conclusion revient au fils. Lorsqu’on lui demande comment il se sent un an après cette transmission d’entreprise, il se félicite de la qualité de sa relation à son père : « Cela n’a pas dû être facile pour mon père de se retirer, alors qu’il nourrit de l’amour et pour son entreprise et pour son fils. Il m’a surpris : je ne savais pas qu’il aurait pu le faire aussi radicalement, tout en ayant également la capacité à lâcher prise et à placer sa confiance en moi. Il sait me soutenir sans être intrusif ni interférer dans l’opérationnel. Notre relation est très saine, je me sens vraiment épaulé. On dit souvent des CEO qu’ils se sentent seuls. En ce qui me concerne, grâce à mon père  ce n’est pas le cas».

George Blackman - Realco

George Blackman

Depuis janvier 2018, George Blackman est CEO de Realco, leader mondial dans le développement, la production et la commercialisation de solutions et de procédés d’hygiène à base d’enzymes. Avant de succéder à son père à la tête de l’entreprise, George Blackman y a occupé le poste de Strategy & Marketing Director pendant 2 ans. Ingénieur de gestion de formation, il a fait ses armes auprès de grands noms de l’industrie chimique et pharmaceutique tels que BASF, Johnson & Johnson et UCB.