Entreprendre en famille peut être délicat. Mais lorsque l’on entreprend entre générations et qui plus est entre femmes, déjà très actives, et dans un marché de niche, ne multiplie-t-on pas les défis ? Comment les relever ? Eléments de réponse avec Bénédicte Philippart de Foy, née dans une famille où l’on se transmet l’ADN de l’entrepreneuriat de mère en fille.

Se confronter à la réalité entrepreneuriale

La mère (Bénédicte) comme la fille (Alexia) le reconnaissent : « Nous avons la chance d’être sur la même longueur d’onde. La chance aussi de développer notre startup en seconde activité - donc avec moins d’attentes en matière de résultats immédiats. Nous sommes aussi nées dans une famille où l’on croit en l’entrepreneuriat, sans a priori lié au sexe ». Elles sont toutefois confrontées à la réalité entrepreneuriale, doublée de la complexité de lancer un business familial ». Pour faire de ces défis une opportunité de croissance, il est indispensable de posséder :

- Une motivation partagée. Leur projet est né d’une convergence d’expertises respectives et de passions communes (la mode, en plus de l’entrepreneuriat). Cela rend de suite l’assise du projet plus solide. ;

- Un ajustement des compétences pour une juste définition des rôles. Bénédicte l’explique :« Il importe de bien répartir les rôles et de savoir déléguer, même s’il est naturel d’avoir envie de faire un peu de tout » ; 

- De la confiance. Bénédicte poursuit : « Du fait qu’Alexia a déjà accompli des missions à l’étranger et parle plusieurs langues, elle fait preuve de beaucoup de maturité et d’autonomie. Elle a aussi développé un bon sens de la gestion de projet. Déjà rien qu’au vu de ces compétences, je sais que chacune pourra prendre sa place sans problème ». Alexia précise : « La confiance en l’autre est importante mais aussi la confiance en soi, sur base d’une bonne connaissance de ses points forts et points faibles » ;

- La capacité de séparer vie privée et vie entrepreneuriale. Alexia : « Travailler ensemble, cela nous a rapprochées. Mais nous prenions aussi le risque que cela nous oppose ou que le professionnel empiète sur le privé. Au lieu de cela et assez naturellement, nous avons mis en place les règles du jeu. Nous ne parlons, par exemple, jamais du boulot à table ! »

L’importance de travailler ensemble

Lorsque l’on entreprend (en famille), il importe de travailler en équipe et de se reposer sur les forces des autres.  Alexia, 20 ans, étudie à Maastricht, et Bénédicte, travaille en Belgique. Toutes deux voient dans leur entreprise une occasion supplémentaire de garder le contact mais aussi de se redécouvrir l’une et l’autre. Bénédicte l’explique : « J’ai pu ainsi être impressionnée par ma fille, la voir sur le terrain et constater combien elle a la fibre commerciale, par exemple ». Mais c’est un travail à faire : il faut apprendre à considérer l’autre comme un associé plutôt qu’un membre de la famille.

Un partenariat entre les générations

Dans une entreprise familiale, chaque génération fait profiter l’entreprise de ses atouts et affinités propres. Tandis que Bénédicte peut apporter plus de 25 années d’expérience entrepreneuriale ainsi qu’un background juridique, sa fille Alexia insuffle, quant à elle, la vision propre à sa génération : management horizontal, affinité avec le digital... Bénédicte l’illustre : « S’il y a une question de dépôt de marques, c’est à moi que cela revient. Tandis qu’Alexia - qui a grandi avec les réseaux sociaux prendra le lead sur les posts Instagram ou les shootings. Nous sommes plutôt dans un partenariat entre générations ».

Définir ses priorités et compter sur son entourage

Avoir un agenda d’étudiant entrepreneur comme de mère entrepreneure peut complexifier le quotidien d’une startup.

« Tout est question d’envie et de priorité ! » explique Alexia. Lorsque l’on est passionné par son activité, on fait naturellement le choix de développer l’entreprise à temps plein et plus. Bénédicte : « En famille, on peut plus compter les uns sur les autres notamment. Il ne faut pas hésiter, aussi, à se diriger vers les soutiens officiels. Des équipes de consultants nous ont été adressées grâce à la Bourse de préactivité de la Région Wallonne d’Alexia. Ils nous ont aidées à valider le projet, depuis le choix des couleurs des matériaux jusqu’à la création du site, en passant par la recherche de fournisseurs locaux. »

De la confrontation des visions au cercle vertueux

Lorsque l’on aborde les défis liés au marché, Bénédicte pense en termes d’USP, d’observation de la concurrence ou d’accélération de la phase test pour une confrontation rapide avec le marché. Sa fille, elle, apporte sa touche génération Y : « On ne reste jamais longtemps bien seul dans une niche. Il importe surtout de se poser la question de la cohérence par rapport à ses propres valeurs et de sa plus-value sur le marché. »

Bénédicte conclut et dit combien elle ne cesse de grandir dans leur startup : « Tout ce que j’ai appris au cours de mon parcours professionnel, j’ai pu en faire bénéficier notre startup. Et aux côtés de ma fille, je ne cesse jamais d’apprendre. Il se crée donc une espèce de cercle vertueux. »

Bénédicte

Contributeur:

Bénédicte Philippart de Foy

Bénédicte Philippart de Foy est passionnée depuis toujours par l’entrepreneuriat. Consultante, elle est à l’initiative de CréaPME, société spécialisée dans l’accompagnement à la création d’entreprises. Elle est aussi la fondatrice de F.A.R. (Femmes Actives en Réseau), qui réunit 3000 entrepreneures en Wallonie et à Bruxelles. A HEC Liège, elle partage son expérience de l’entrepreneuriat et du réseautage en sa qualité de professeur invitée. Il y a un an, elle et sa fille, Alexia, ont lancé Enlace-moi, une marque d’accessoires mode pour chaussures.

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