En théorie, on sait tous plus ou moins en quoi consiste une levée de fonds. Dans la pratique, on ignore bien souvent à qui s’adresser et de quelle façon ou encore comment s’y préparer. Olivier Belenger, actif depuis 20 ans dans le financement et la gestion de fonds pour start-up et spin-offs, explique comment s’y prendre pour financer et faire croître ces jeunes pousses.

Quels investisseurs pour quelles levées de fonds ?

Olivier Belenger explique en quoi consiste sa spécialité, le seed money ou capital d’amorçage : « On entend par là les premiers moyens investis dans une entreprise. Les start-up ou spin-offs développant des technologies disruptives - de la santé et la biotechnologie jusqu’aux applications digitales en passant par l’intelligence artificielle… - n’ont en général pas de revenus et donc pas accès à l’emprunt bancaire. Elles sont financées par des capitaux. Ces jeunes pousses se tournent alors soit vers des business angels, soit vers du "venture capital"(capital-risque). Ces investisseurs en capital-risque engagent de l’argent en contrepartie d’actions qu’ils reçoivent de la société. Ils ne prêtent pas ; ils investissent tout en partageant le risque avec l’entrepreneur et en accompagnant celui-ci ». Une levée de fonds peut aussi survenir alors que les entreprises existent déjà depuis plusieurs années et doivent conserver de fortes perspectives de croissance. C’est alors du ressort du "private equity" (capital-développement). Tant dans le cas du lancement que du développement, les investisseurs publics peuvent également être partenaires de cette aventure entrepreneuriale.

Que peut-on attendre de ces investisseurs ?

En plus des capitaux et de leur réseau d’affaires, ces investisseurs apportent :

  • une véritable expertise du secteur dans lequel la start-up est active ;

  • la structuration des différentes phases de développement de la société ;

  • un apport permanent de valeur ajoutée dans le développement des activités, les investisseurs étant présents au sein du conseil d’administration.

Bref, il s’agit de véritables partenaires amenant du « smart capital », ceci afin de générer à terme des revenus.

Un business plan, mais aussi un management solide

Entre le moment où l’on entame la levée de fonds et celui où l’argent est sur le compte en banque, il s’écoule en général 6 à 9 mois. Avant cela, l’entrepreneur devra structurer un business plan et l’adresser au fonds d’investissement. L’entrepreneur n’est pas seul ; il sera accompagné dans l’élaboration de son dossier. Olivier Belenger explique comment cela se passe chez EEBIC, l’incubateur dont il est le directeur général : « Dans le cas des spin-offs, les projets sont identifiés un an avant l’investissement. Le gestionnaire va ainsi analyser le marché, le produit, la concurrence, la taille du marché, etc. Mais ce qui prévaut par-dessus tout, c’est la capacité de l’équipe et du management à mener à bien le projet. Cela en conditionne la réussite. Le cas échéant, on peut avoir à modifier ou à renforcer l’équipe managériale ».

Tout dépend du degré de maturité de l’entreprise

Dans le cas des entreprises avec revenus existants, on passe ainsi assez vite de l’analyse du dossier à la négociation et ensuite à l’étape de "due diligence" : on procède via des audits à la validation des finances, produits, etc. Par contre, si l’entreprise est une toute jeune pousse ne disposant pas de revenus, cette étape de due diligence survient plus tôt dans le processus, avant les négociations. Cela peut alors prendre du temps au départ afin d’évaluer la solidité du brevet, la taille du marché, etc.

Le degré de maturité de l’entreprise comptera également lors de la valorisation de l’entreprise. Mature, celle-ci verra les résultats effectifs pris en compte, ceci en intégrant variations et autres paramètres. Plus jeune, l’entreprise verra procéder à une projection de sa valeur à 3 ans, ceci au vu des efforts financiers déjà déployés à ce stade du projet.

Interagir avec les investisseurs pour valider le dossier

Lorsque les investisseurs se trouvent devant un dossier qui leur semble avoir du potentiel, ils invitent le porteur de projet à venir présenter sa vision de l’entreprise : 

  • « Pendant une heure, celui-ci devra pitcher.

  • Il devra aussi répondre aux diverses questions ayant trait au dossier lui-même, mais visant également à le tester : comment le porteur de projet structure-t-il ? comment réagit-il à certaines questions parfois délicates ?...

  • A la suite de cela, ce jury décide si l’on approfondit le dossier ou pas. Dans le cas où l’on décide d’aller plus loin, il va s’établir entre l’entrepreneur et le fonds d’investissement un jeu d’interactions afin de dégager divers éléments indispensables au dossier.

  • Ensuite, celui-ci est présenté au comité d’investissement du fonds, qui va décider ou non d’investir ».

Sceller et finaliser la levée de fonds

Avant que le notaire ne passe aux actes authentiques, il convient de négocier les conditions. On va ainsi déterminer ici les droits et obligations de chacune des parties dans une convention d’actionnaires. Les grandes lignes de conduite de l’association vont ainsi être fixées : 

  • la gouvernance de la société : définir le management et la structure décisionnelle de la société : composition du conseil d’administration, matières spécifiques dévolues à ce conseil, processus décisionnel stratégique ou de gestion quotidienne, etc. ;

  • l’évolution d’opérations de structuration de capital : on envisage ici l’ensemble des événements qui vont toucher au capital :  augmentation, revente des titres à un tiers... ;

  • les éléments de relution ou dilution sur la valorisation initiale de la société : cela consiste à paramétrer l’évolution de l’entreprise. Si le chiffre d’affaire augmente, les actions suivent le mouvement et inversement.

Olivier Belenger conclut : « La clé de la réussite d’une levée de fonds repose sur un dossier bétonné, un accompagnement par des experts au sein de ce milieu encore fort méconnu ainsi que le choix judicieux du véhicule d’investissement. N’hésitez pas à procéder à un ‘track record’, c’est-à-dire à vous assurer des succès que vos investisseurs ont déjà à leur actif ».