Les incubateurs aident à mener à maturité les projets de jeunes entrepreneurs. Ils constituent ainsi un levier de passage à l’acte entrepreneurial et permettent d’inscrire ces business dans la pérennité. Comment cela fonctionne-t-il ? Explication avec Sophie Joris, directrice du VentureLab, premier incubateur belge pour étudiants et jeunes diplômés entrepreneurs francophones.

Du soutien jusqu’à l’autonomie entrepreneuriale

Un incubateur est un écosystème qui soutient l’entrepreneuriat naissant, c’est-à-dire de jeunes entreprises, ou – comme c’est le cas chez VentureLab – de jeunes diplômés et des étudiants entrepreneurs. Il accompagne ceux-ci jusqu’à une certaine autonomie entrepreneuriale. Lorsqu’ils ont pris conscience des futurs challenges auxquels leur entreprise devra faire face, et qu’ils se sentiront capables de les résoudre, la phase de soutien peut alors se désamorcer.

Pour permettre au VentureLab de déterminer quand le projet peut éclore (et donc mettre fin à cette étape de soutien), l’incubateur peut se baser sur une série d’indicateurs de sortie. Mais la maturité entrepreneuriale s’estime surtout au cas par cas.

En quoi consiste la mission d’un incubateur ?

L’incubateur a un double rôle :

  1. la mise en maturité de l’individu et de son projet. Il s’agit d’un travail à faire sur les compétences (apprendre à suivre un projet, négocier, organiser une réunion, engager du personnel…) ;

  2. la mise en excellence du projet même (lever des fonds, booster le chiffre d’affaires, amener à l’international …).

Pour atteindre ses objectifs, l’incubateur met à disposition des incubés un large panel de spécialistes, disposant chacun de compétences spécifiques. Les incubés ont donc accès à :

  • du coworking : par la mise en commun des idées et des savoir-faire ;
  • du coaching : par des entrepreneurs confirmés ;
  • de l’expertise : développée par ses équipes ;
  • de la formation : via des workshops, conférences… ;
  • de la mise en réseau : grâce aux contacts des divers acteurs du VentureLab.

Les acteurs-clés de cet écosystème

Parmi les acteurs-clés de cet écosystème entrepreneurial, on peut distinguer :

  • les étudiants-entrepreneurs;
  • les entrepreneurs en résidence, qui apportent leur expérience d’entrepreneur et même leur carnet d’adresses aux starters. Ils apprennent aux jeunes à ne pas faire les mêmes erreurs qu’ils ont commises eux-mêmes à leur début.Et le cas échéant, ils les aident à dépasser ces obstacles ;
  • les experts, qui apportent de la compétence à propos de thématiques bien précises (en marketing digital, convention d’actionnaires…)  ;
  • le milieu académique, avec des professeurs et directeurs d’universités et hautes-ecoles qui encouragent ces jeunes alors que ceux-ci coiffent une double casquette, celle d’étudiant et celle d’entrepreneur ;
  • les entreprises partenaires, qui apportent leur soutien mais aussi les premiers investisseurs, clients, etc.

Créer des synergies et de l’apprentissage réciproque

Sophie Joris insiste : « Ce qui est vraiment gage de réussite, dans ce tissu entrepreneurial, ce sont les liens et la proximité entre les divers acteurs. La régularité des contacts est également cruciale. Il faut aller avec les jeunes sur le terrain et les voir plus qu’une fois par mois » !

« Par exemple, nous accompagnons nos jeunes à chaque grande étape de leur développement, y compris lors de leurs négociations commerciales. De plus, chacun des acteurs apprend au contact de l’autre au gré des interactions :  entre autres formations de terrain, nous organisons avec BNP Paribas Fortis, notre partenaire, des simulations de comité de crédits (ndlr : il s’agit de l’organe de décision, au sein d’une banque, qui se prononce sur le refus ou l'acceptation d'un dossier). Le principe ? L’étudiant doit prendre la parole ‘à blanc’ devant un banquier. De son côté, il voit ainsi les attentes du banquier. En parallèle, du côté de la banque, il est ainsi possible de voir les besoins des jeunes entrepreneurs sous un autre angle, ce qui lui permet même d’améliorer ses propres services ». Il y a donc une belle synergie entre les acteurs d’un incubateur.

Quelles sont les conditions pour entrer ?

Quand un jeune entrepreneur vient présenter un projet, l’incubateur doit « sentir » qu’il pourra apporter une plus-value tant au niveau du projet et de sa réalisation qu’au niveau du porteur de projet lui-même. Il va tester aussi la motivation du candidat : celui-ci doit montrer de l’enthousiasme, cela se joue à la « gniac » entrepreneuriale du jeune. De façon plus objective, un process a été mis en place au VentureLab : « Nous donnons au candidat 3 mois pour se préparer à présenter, devant un jury d’entrée, les éléments suivants :

  • un business model canvas ;
  • la validation de son hypothèse, c’est-à-dire avoir pris des contacts sur le terrain et identifié l’intérêt de clients potentiels ;
  • les outils dont il dispose, ainsi que  les compétences et motivation de son équipe.

A l’issue de cette présentation, le VentureLab décide ou non de faire entrer le candidat entrepreneur au sein de l’incubateur.

Quid de la contrepartie financière ? Au VentureLab, le service cesse d’être gratuit une fois passé le jury d’entrée. On demande alors au jeune d’entrepreneur de s’acquitter d’une dette d’honneur de 100 euros mensuels aussi longtemps que vivra l’entreprise qui aura ainsi été créée.

Sophie Joris

Sophie Joris

Licenciée en science de gestion, Sophie Joris a toujours encadré les individus, à ses débuts en tant que consultante RH et ensuite en tant qu’accompagnatrice à la création d’entreprises. Après une douzaine d’années chez Group One, elle est, depuis 2015, directrice du VentureLab. Cet incubateur des établissements du Pôle Académique Liège-Luxembourg favorise la création d’entreprises parmi les étudiants-entrepreneurs et jeunes diplômés.