Que l’on veuille booster la notoriété de son entreprise, lever des fonds ou encore vendre un produit ou un service auprès d’un client, il vaut parfois mieux miser sur une petite vidéo que sur un long discours. Au terme de la 2e édition du Pitch Challenge,qui s’est tenu le 21 mars dernier au campus de l’UCL Mons (anciennement FUCaM) et qui opposait des étudiants en entrepreneuriat de l’UCL à des mini-entreprises du secondaire, la coach en entrepreneuriat Amélie Jacquemin donne quelques trucs et astuces pour bien pitcher grâce aux vidéos.

S’interroger sur son objectif pour déterminer le message et le bon canal de diffusion

Avant de vous lancer dans la réalisation d’une vidéo, la première question à se poser est : « Dans quel contexte naît cette vidéo ? ». Cela va conditionner tant le message même de la vidéo que la façon dont on va diffuser celle-ci. 

L’objectif de l’entrepreneur peut être multiple :

  • accroître la notoriété de son entreprise : pour cela, il faudra alors zoomer sur les USP (Unique Selling Proposition, c’est-à-dire ce qui permet à l’entreprise de convaincre et de se différencier) et autres éléments différenciants par rapport à la concurrence. Si vous poursuivez cet objectif précis, on va plutôt tendre vers une diffusion très vaste via YouTube, les réseaux sociaux, les influenceurs et journalistes ;

  • lever des fonds : on mettra ici l’accent sur des informations qui vont convaincre les investisseurs potentiels. On peut placer ce genre de vidéo sur des plateformes de financement collaboratif par exemple ;

  • vendre auprès d’un client : on se concentrera cette fois davantage sur les produits ou services. On privilégie les vecteurs de communication propres à son groupe-cible. S’il s’agit d’un public B2C composé de digital natives, on privilégiera Facebook. S’il s’agit de B2B plus âgé, on passera par les réseaux sociaux plus professionnels de type LinkedIn ou encore les groupes professionnels, comme ceux des chambres de commerce.

Choisir le type de vidéo selon l’effet recherché

Il existe trois types de « vidéos-pitch ». Leur contenu et leur format vont dépendre de l’effet recherché :

  • une vidéo-pitch complète de 1,5 à 2 minutes : le message est exclusivement vidéo et l’objectif est de résumer les points-clés de son projet en le mettant en scène. On donne une vision d’ensemble (modèle d’affaire : groupe-cible, besoin, offre, processus, positionnement prix, etc.) ;

  • une brève vidéo de 20 à 30 secondes : il s’agit cette fois d’hameçonner. Cette vidéo sert de support à une prise de parole, lance un débat et tease (c’est-dire cherche à susciter la curiosité et l'envie d'en savoir plus sans en révéler trop). Dans ce cas-ci, on joue la carte de l’humour, du mystère, du buzz ou encore on crée chez son interlocuteur l’attente d’une suite (cliffhanger) ;

  • une vidéo sans son : elle sert de toile de fond à l’orateur. Elle accompagne le propos de celui-ci, tout en aidant au storytelling (on y montre, par exemple, des images du processus de fabrication de son produit, son parcours logistique…). Dans ce cas, l’orateur présente donc son projet face à ses interlocuteurs et la vidéo lui permet d’illustrer ses propos.

Garder en tête quelques bonnes pratiques

Une fois que vous avez votre objectif et le type de vidéo souhaité bien en tête, place au tournage ! Amélie Jacquemin rappelle quelques points importants pour cette étape :

  • Bien se préparer : par exemple, dans le cas d’une vidéo support à la parole, on veille à rester bien synchro avec les images qui défilent derrière soi ;

  • Aller à l’essentiel : même si on opte pour un pitch complet, on ne dépasse jamais les 2 minutes, au risque de perdre l’attention de son public ;

  • Choisir le ton adéquat : il n’existe pas de règle en la matière, sinon qu’il faut viser la cohérence par rapport à son projet même ou aux valeurs de son entreprise. Par exemple, la musique et les animations ne seront pas les mêmes pour une entreprise humanitaire que pour une société active dans le gaming (de l’anglais « jeux vidéo », c'est-à-dire tout ce qui touche aux jeux électroniques sur ordinateurs, consoles ou appareils mobiles) ;

  • Pratiquer une veille des projets à succès : sans toutefois copier, on s’inspire de ceux pour qui ça a marché. Sur les plateformes de crowdfunding, telles que MyMicroInvest, Look&Fin ou Hello Crowd, par exemple, on repère aisément les projets qui ont obtenu 1000% d’objectifs et ceux qui n’ont atteint que les 10% ;

  • Faire preuve d’empathie : c’est une qualité qu’il faut travailler en tant qu’entrepreneur. Elle permet d’adresser le discours juste à la personne en face de soi, et ce, qu’il s’agisse d’un banquier, d’un investisseur ou d’un client.

  • Professionnaliser son approche : il en va de son branding, et donc de sa crédibilité. Pour réaliser des vidéos professionnelles, on peut utiliser des plateformes gratuites telles que GoAnimate et Moovly. Le résultat est autrement plus pro que filmé « à l’arrache » ou avec son smartphone.

Mettre en place la promotion de sa vidéo

Enfin, il ne faut jamais perdre ceci de vue : aussi bien réalisée que puisse être une vidéo, elle n’a pas d’existence seule. Amélie Jacquemin explique : « Ce n’est pas tout de placer une vidéo sur une plateforme, quelle qu’elle soit. Il faut la promouvoir, faire de la pub autour et organiser des actions. Par exemple, en créant une landing page, en faisant des publications sur les réseaux sociaux ou en s’adressant à la presse par communiqué… Les 3 millions de vues ne viennent pas toutes seules ! ».

Lauréats de la seconde édition du Pitch Challenge, Allison Goffin et son équipe, élèves de secondaire à l’école EC2 à Liège, ont réussi à convaincre le jury avec leur projet « Eye Protect », qui consiste en la création d’un « cache-webcam » coulissant. Allison nous explique son expérience : « Notre équipe fait partie d’un programme de mini-entreprises, chapeauté par l’ASBL Les Jeunes Entreprises. Pour le développement de notre produit, l’Eye Protect, nous avons collaboré avec un atelier numérique liégeois qui est ouvert au grand public. Nous souhaitions relever un défi en participant au Pitch Challenge. Grâce aux conseils de professeurs mais surtout car nous croyons très fort en notre produit, nous avons réussi à nous démarquer et à faire valoir notre projet face au jury de professionnels. Nous sommes persuadés que toute cette aventure nous sera bénéfique pour notre vie future et envisageons d’ailleurs de concrétiser notre projet. Cette expérience nous a, en outre, permis de gagner en crédibilité vis-à-vis d’investisseurs potentiels ! ».

Amelie_Jacquemin - UCL - photo bizcover finale

Amélie Jacquemin

Amélie Jacquemin est chargée de cours à l’Université catholique de Louvain. Elle est aussi coach en entrepreneuriat auprès d’étudiants et écrit régulièrement des articles sur le management et l’entrepreneuriat pour des revues B2B. Formée aux sciences économiques et de gestion ainsi qu’au droit, elle peut également faire valoir une expérience antérieure en tant que conseillère juridique auprès de politiciens et en tant qu’avocate en droit des affaires au barreau de Bruxelles.