Eric Coppieters, fondateur de Deminor et ancien actionnaire du Pain Quotidien, est actuellement à la tête de Caulier Development. Cet entrepreneur a su trouver le mélange juste entre sens des affaires, créativité et goût pour l’aventure humaine. Il évoque les fondamentaux de son métier.

Se renouveler de façon créative

Quel est le fil rouge de votre carrière d’entrepreneur à travers d’abord, le secteur bancaire, puis la boulangerie et la brasserie ? 

Le fil rouge consiste à réinventer de vieux métiers. Pour commencer, la banque d’affaires : je n’ai rien inventé, mais je me suis spécialisé dans le conseil à une clientèle tout à fait particulière, les actionnaires minoritaires. Même chose avec le concept du Pain Quotidien, lancé par Alain Coumont : je me suis juste impliqué dans le fonctionnement afin de l’améliorer. Enfin, avec la bière Caulier, le principe est identique : les métiers de la brasserie sont très anciens, mais une particularité y a été apportée. Il s’agit en effet de bières qui ont beaucoup de goût, totalement sans sucre et qui affichent 40% de calories en moins que les bières du même type. Enfin, au sein de ces trois différentes sociétés, la construction d’un environnement plus humain a été privilégiée, avec une structure hiérarchique assez soft et une large part accordée à la créativité.

En quoi l’homme d’affaires peut-il rester un créatif ?

On peut être créatif en sachant renouveler constamment le produit lui-même, mais aussi son approche, sa méthode et le service au client. Il s’agit de faire cohabiter les qualités propres à l’hémisphère droit du cerveau, plus créatif, avec celles du gauche, plus structuré. Dans le cas de la boulangerie, il est ainsi possible de composer avec la part d’émotionnel requise lors du service, sans perdre de vue la réalité de terrain et les impératifs du milieu des affaires. Par exemple, on reste proche du client, mais on garde bien en tête que la durée de vie d’un croissant est de quatre heures, depuis sa production à sa consommation.

D’où vient le sens des affaires ?

Et votre sens des affaires, d’où vient-il ? Virus, hérédité, don ou inspiration ? 

On ne me l’avait encore jamais demandé (rires). Il est vrai que j’ai pu hériter de mes ancêtres maternels d’une certaine affinité avec l’univers de la bière puisqu’ils étaient brasseurs. Mon goût pour l’univers juridique, je le dois aux avocats du côté de mon père. De même qu’une certaine fibre créative transmise par la branche plus artiste de l’arbre généalogique. Quant aux militaires de ma famille, vus sous un angle contemporain, ils m’ont sans doute légué cette volonté de conquérir de nouveaux territoires. Le sens de l’entrepreneuriat, je le dois aussi à des oncles qui avaient investi en Afrique… A côté de l’héritage, il y a aussi l’apprentissage. J’ai lu beaucoup de biographies et autres histoires de personnages aussi remarquables qu’inspirants. Il y a les grands classiques, voire incontournables comme Steve Jobs et Bill Gates. Un des livres qui m’a le plus marqué est le livre de Jacques Attali sur le banquier entrepreneur Warburg. Celui-ci m’a fortement inspiré dans la création et la gestion de Deminor. J’ai dû le lire une vingtaine de fois.

Quel est votre moteur ?

Clairement, l’indépendance ! Elle correspond à un besoin de créer mon propre univers, mais aussi indirectement et, à une certaine échelle, de changer le monde. Cette volonté de construire est doublée de celle de contrôler. On ne parle pas ici du contrôle de ses contemporains, mais de sa vie et l’environnement que l’on bâtit.

L’entrepreneur type

Quels sont d’après vous les ingrédients qui composent l’entrepreneur type ?

Premier ingrédient : l’intuition. De nos jours cela va de soi mais pas à mon époque, dans les années 70-80. Ajoutez aussi le sens de l’aventure humaine. Quand on voit la complexité des relations interpersonnelles, cela tient du sacerdoce. Il faut en effet savoir convaincre, inspirer et respecter. Ce contrat de respect est fondamental, et ce, à tous les niveaux. Sinon, cela ne fonctionne pas. Enfin, la composante essentielle selon moi de l’entrepreneur de demain, c’est sa capacité à réfléchir autrement. Imaginons qu’on emploie les capacités insoupçonnées de notre cerveau. Que de moments passionnants en vue pour la génération à venir ! Que de défis actuels à résoudre sous un angle neuf ! Et cela nos enfants pourront l’envisager, car c’est une génération d’entrepreneurs. Enfin, n’oublions pas un zeste de courage. Il est indispensable pour faire un pas en avant quand on ne sait pas ce que réserve l’avenir.

Avez-vous une phrase qui vous porte ?

Respire !

Eric Coppieters

Eric Coppieters dans le monde des affaires, c'est la fondation de Deminor (1991), puis sa participation en tant qu'actionnaire au Pain Quotidien (1999) et enfin la reprise de la brasserie Caulier (2007). Avec juste une pause, le temps de réfléchir à ses projets, lors d'un tour du monde en famille en 1997-1998.

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