De nombreux travailleurs indépendants et entrepreneurs souhaitent contribuer à une société et à un environnement meilleurs. La responsabilité sociale des entreprises ou « Corporate Social Responsibility » (CSR) est d’ailleurs aussi un sujet à la mode. Mais quelle approche faut-il adopter ? Wilfried Remans, directeur RSE & Affaires publiques chez BNP Paribas Fortis, nous présente sa vision à partir de l’expérience de la banque.

Deux questions importantes à se poser

« Quel est mon rôle dans la compagnie ? Et puis-je contribuer, par mes activités, à une société meilleure ? ». Pour Remans, ce sont là les questions fondamentales que doit se poser tout entrepreneur qui souhaite aborder la RSE. « Concrètement, pour nous en tant que banque, par exemple, cela commence par l'essentiel : nous nous chargeons de fournir l’argent, ce lubrifiant de l’économie. C’est notre tâche. Et chaque entreprise en a une. Ensuite, nous examinons comment nous pouvons mener à bien cette mission de la manière la plus durable possible. À la banque, par exemple, nous avons décidé de ne pas financer les entreprises qui utilisent le travail des enfants, qui produisent du tabac ou des mines antipersonnel, qui exploitent le pétrole du pôle Nord ».

Trois manières d’intégrer la RSE

Si vous souhaitez appliquer une politique de RSE, vous pouvez le faire de trois manières différentes, selon Remans. « La méthode la plus facile consiste tout simplement à soutenir une bonne cause. Vous y consacrez un montant déterminé et voilà. C'est une bonne idée pour impliquer aussi votre personnel et vos clients et engager leur participation. Nous invitons ainsi nos employés et nos clients à suggérer eux-mêmes des associations caritatives et recevons chaque année près de 300 propositions ».

Une deuxième option consiste à examiner en détail votre activité fondamentale et à limiter autant que possible son impact négatif. « Vous pouvez, par exemple, essayer de minimiser votre empreinte écologique », explique Remans. « En limitant vos déchets, en réduisant autant que possible vos émissions de CO2, en limitant votre consommation d'eau... Ici encore, c'est quelque chose qui est à la portée de toutes les entreprises, en fonction de leur activité ».

La troisième méthode, la plus active, que peut utiliser une entreprise pour mener une politique de RSE repose sur le produit spécifique de chaque entreprise. « Dans ce cas, l’entreprise ne cherche pas tant la façon de réduire son impact négatif, mais plutôt la façon de produire un impact positif avec son produit ou service. Vous partez donc de votre propre secteur pour contribuer à une meilleure société. Vous cherchez, par exemple, à produire une énergie durable, à réduire le chômage, à améliorer les ressources alimentaires... Encore un exemple concret chez nous : nous avons un prêt pour les grandes entreprises dont le taux varie en fonction de la gestion durable du client. S’il fait de son mieux en matière de durabilité, il paie un peu moins. S’il ne fournit pas tous les efforts possibles, il paie un peu plus », explique Wilfried Remans.

Consultez vos parties prenantes

Selon Remans, quand un entrepreneur décide d’appliquer une politique de RSE, la première étape consiste à sonder l’opinion des parties prenantes à cet égard. « Quelle est l’opinion de vos clients, de vos employés ou de vos actionnaires quant à la voie à suivre ? En tant que chef d’entreprise, il est essentiel de se poser cette question. Et ensuite d'identifier votre fer de lance, le domaine dans lequel vous pouvez faire la différence. Après cela, il convient d’identifier les risques opérationnels et de réputation. Dans quels domaines pouvez-vous apporter des améliorations : la pollution, la qualité de vos sous-traitants, les conditions de travail ? Ou bien pouvez-vous contribuer à une meilleure mobilité ? Choisissez un domaine qui est pertinent pour votre entreprise ».

Réfléchissez bien à votre communication

Selon le responsable RSE, il faut veiller à ne pas communiquer trop rapidement. « Il est certainement important de montrer que vous mettez en œuvre une politique de RSE. De plus en plus de clients, en particulier les jeunes, attendent cela de vous, mais aussi les investisseurs institutionnels et les administrations qui accordent de plus en plus d’importance à cette question. Mais ne cherchez à rendre publique votre démarche que lorsque vous pouvez effectivement présenter des réalisations concrètes. Sinon, vous vous exposez au risque de « greenwashing » : des entreprises ou des organisations qui se montrent plus écologiques ou plus responsables d’un point de vue social qu’elles ne le sont en réalité, ce qui peut porter gravement atteinte à la réputation. De même, je préfère ne pas réaliser moi-même toutes les communications. Il faut en laisser une partie aux employés, aux clients ou aux partenaires locaux concernés. La crédibilité est essentielle ». 

Enfin, la banque met aussi à la disposition des clients de BNP Paribas Fortis des spécialistes internes qui peuvent les aider dans ce domaine : « Nous avons par exemple un Social Entrepreneurs Desk qui conseille les entreprises sociales, ainsi qu’un Green Desk composé de spécialistes qui peuvent aider les entreprises à réaliser leur transition énergétique. Nous avons l’intention d’étendre ce type de services à l’avenir. En outre, à partir du second semestre de cette année, nous organiserons plusieurs ateliers sur le développement durable où ces questions seront examinées plus en détail ».

Wilfried Remans

Wilfried Remans

Wilfried Remans a fait des études de droit.  Il a travaillé précédemment pour la Croix-Rouge de Flandre et pour Sabena. En 2002, il a rejoint Fortis, actuellement il exerce la fonction de directeur RSE & Affaires publiques chez BNP Paribas Fortis.