Dans le cadre de son dossier « L’été Starters », Bizcover proposera aux starters des articles pour les accompagner sur la route du succès. Nous ferons durer le plaisir jusqu’en octobre, mois traditionnellement prolifique en lancement d’entreprises. Voici un tout premier article, sur l’étape n°1 lors d’un projet entrepreneurial : l’idéation. Avoir la bonne idée est crucial : cela va ajouter de la valeur à une entreprise par rapport au reste du marché et lui permettre de sortir du lot. Manuel Detry, Conseiller Starter chez BNP Paribas Fortis, a suivi la formation ‘Bootcamp Starters’ de la banque destinée à renforcer l’expertise des conseillers aux entrepreneurs et aborde pour nous cette notion de « bonne idée ».

Une bonne idée n’est pas nécessairement révolutionnaire

Manuel Detry démystifie la notion de bonne idée : « On a souvent tendance à associer la bonne idée à des secteurs de niche, de l’innovation, voire même à une forme de révolution. Or, on peut avoir la bonne idée dans un secteur hyper-compétitif. Il suffit juste de se différencier. Par exemple, on peut ouvrir une toute petite enseigne devant un magasin de chaîne vendant des produits similaires, mais avec une plus forte valeur ajoutée et/ou un service complémentaire qui permette de se distinguer.

De l’intuition certes, mais aussi une bonne dose de marketing

Autre idée reçue en matière de bonne idée : l’important serait l’intuition. Beaucoup de gens se basent en effet sur leur seule intuition pour estimer la pertinence d’une idée. Or, cela reste subjectif. La bonne idée doit « marketinguement » faire sens :

  • Par rapport à la réalité du terrain : ce n’est pas parce qu’on a le feeling qu’il manque un magasin d’instruments de musique à tel endroit que cela va marcher à coup sûr. Il peut y avoir de bonnes raisons pour qu’il n’y ait pas ce type d’enseigne à cet endroit. Par exemple, parce que ce n’est pas en quartier fréquenté par les artistes, etcetera;
  • Auprès de son groupe-cible ou usager final : le prescripteur n’est en effet pas l’acheteur. Ce n’est pas parce que le distributeur est séduit par une nouvelle gamme de produits ou services révolutionnaires que l’utilisateur final le sera ou aura envie de payer plus cher pour ces produits et services.

Il faut donc savoir faire au préalable un travail d’analyse objectif.

Avoir l’idée avec un grand « i » : une disposition mentale

De nombreux facteurs entrent certes en ligne de compte lorsqu’il s’agit d’avoir l’idée avec un grand « i » : la formation, les études, le milieu d’où on vient, etc. Selon Manuel Detry, le mental prévaut : « Plus on pense en accord avec ses valeurs, et plus on a de chances de dégager les idées justes. C’est également une disposition de l’esprit : plus on exerce celui-ci au quotidien, et plus il sera apte à générer des idées. Pour ce faire, l’idéal est de s’arrêter, d’observer, de s’interroger pour trouver des réponses à des questions ou problèmes. Le recul et le lâcher-prise sont aussi très importants : il ne faut pas se braquer, l’idée vient en effet souvent au moment où l’on n’y pense plus ». 

Des exercices pour entraîner son mental au développement d’idées

Pour acquérir un tel mental, c’est comme pour le sport : tout est question de discipline et de régularité. Pour ce faire, il existe des méthodes et exercices propices au développement d’idées. C’est le cas des hackathons et autres brainstormings. Manuel Detry explique comment il a lui-même été formé lors des Bootcamp Starters organisés par BNP Paribas Fortis à l’attention de ses conseillers aux entrepreneurs starters. « Notre coach nous a demandé de trouver des idées pour résoudre des problèmes sociétaux sur base de 5 thèmes. Echanger avec d’autres participants a ensuite permis d’affiner les idées jusqu’à avoir défini le projet à réaliser en tant que tel. Notre idée continue d’évoluer en même temps que celui-ci, en fonction des contraintes auxquelles nous sommes soumis, des discussions avec les utilisateurs potentiels et de ce qui existe déjà sur le marché. »  

Des environnements entrepreneuriaux propices à la co-création

Pour tester la pertinence de son idée, il importe d’aller à la rencontre des autres. C’est tout le sens du réseautage. Autour de soi, on peut trouver des co-créateurs de bonnes idées, et ce, depuis l’entourage proche jusqu’au consommateur potentiel. « Il ne faut pas hésiter à aller vers d’autres entrepreneurs ou porteurs de projets, issus de son secteur d’activité ou pas, et ce, afin de nourrir sa réflexion, d’identifier des besoins de marché, ou encore simplement de sortir de son contexte. Face à ceux-ci, il est aussi préférable de sonder les besoins concernant le produit ou service auquel on pense, plutôt que d’exprimer son idée ouvertement ».

Il existe des environnements dédiés à la co-idéation. Il s’agit des clubs d’élevage collectif d’idées, incubateuret autres biotopes propices aux synergies entrepreneuriales. Ce sont de véritables pépinières de talents entrepreneuriaux, où interagissent des porteurs d’entreprises.

Savoir attendre que les bonnes conditions soient réunies

L’idéation, c’est donc mettre en présence les bonnes personnes aux bons endroits. Il s’agit également de réunir les meilleures conditions. Pour ce faire, il est indispensable de :

  • Savoir « lâcher le bébé » : s’il faut savoir attendre le moment adéquat, on ne peut pas rester toutefois indéfiniment dans la R&D. On doit passer à la commercialisation. Il faut lancer le produit ou service, quitte à ce qu’il fasse ses péchés de jeunesse et soit amélioré ensuite sur base de retours d’expérience. Cela évite de perdre des occasions de vendre »;
  • Réunir les bonnes conditions : aussi bonne puisse être une idée, celle-ci ne marchera pas si le marché n’est pas prêt à l’adopter, si on ne dispose pas en suffisance de moyens techniques, compétences ou encore des ressources financières ou humaines pour la développer ensuite. La bonne idée, c’est cela aussi : bien connaître son marché et identifier quand celui-ci est ouvert et s’il est assez grand pour dégager de la rentabilité ».

Lors d’un prochain article, Bizcover ne manquera pas de revenir sur l’importance de la validation du marché.

Manuel Detry

Manuel Detry

Diplômé en sciences économiques et de gestion de la Louvain School of Management, Manuel Detry travaille chez BNP Paribas Fortis depuis une quinzaine d’années en tant que conseiller, d’abord commercial et ensuite dédié à la clientèle professionnelle. Depuis décembre 2017, il est Conseiller Banque des Entrepreneurs Groupe Starters, c’est-à-dire qu’il encadre des indépendants ayant moins d’un an d’activité.