L’engouement des jeunes pour l’aventure entrepreneuriale ne cesse de croître. Pourtant, ‘la création d’entreprise’ reste une étape délicate pour eux. Ce dont ils ont le plus besoin est de soutien, selon Bernard Surlemont, fondateur du VentureLab, incubateur liégeois pour étudiants entrepreneurs et jeunes diplômés. Une conviction partagée par Didier Beauvois, Head of Corporate Banking chez BNP Paribas Fortis, qui nous fait également part de son expertise.

Franchir le pas de la création d’entreprise

"Le principal frein est le manque de confiance en soi", nous explique Bernard Surlemont. "Ceci est en grande partie lié à notre système éducatif, où la peur du risque et de l’échec reste marquée. Le VentureLab tente de pallier cette faiblesse en offrant aux jeunes entrepreneurs à la fois un encadrement approprié et un accompagnement suivi durant tout le trajet de développement de leur projet. Nous voulons maximiser leur chance de succès."

"La jeune génération est de plus en plus tentée par l’entrepreneuriat et l’envisage comme le choix de carrière le plus intéressant ", fait remarquer Didier Beauvois. "Mais de l’idée à l’acte, il reste des obstacles : isolement, manque de visibilité, de réseau, etc. L’entrepreneuriat et les start-up montent graduellement en puissance. Nous le ressentons dans les contacts que nous avons sur le terrain avec les porteurs de projet, les entreprises, l’ensemble des acteurs de l’écosystème d’entrepreneuriat et d’innovation, y compris les universités. Mais aussi au sein de notre propre organisation. Désormais, nous nous inspirons des méthodes de travail des start-up. Nous avons créé notre Home for Innovation afin de stimuler l’intrapreneuriat."

Un manque de capital-risque ?

"Ce n’est plus du tout vrai", explique Bernard Surlemont. "Or, le mythe persiste. Celui qui développe un bon projet peut toujours trouver des financements publics ou privés, auprès de business angels, par exemple. Afin de faciliter l’accès au capital-risque, en mars 2016, nous avons créé avec BeAngels - le réseau des business angels francophones de Belgique – un véhicule d’investissement dédié aux étudiants entrepreneurs: le SIBA VentureLab (Structure d'Investissement de Business Angels). Les fonds levés, 80.000 euros cette année, sont investis dans les projets incubés au VentureLab et permettent à de jeunes entrepreneurs de recevoir un coup de pouce supplémentaire souvent nécessaire."

"C’est exact. Les acteurs de capital-risque privés et publics sont nombreux en Belgique, mais l’entrepreneur débutant ne sait pas toujours vers lequel se tourner pour financer son projet et il y a, à mon sens, un important travail d’éducation à réaliser" précise Didier Beauvois. "En tant que banque, nous nous y investissons beaucoup. Nos collaborateurs sont formés afin de guider au mieux les entrepreneurs débutants en recherche de financement. S’ils ne peuvent prétendre à un financement bancaire, ce qui est souvent le cas pour les entreprises en phase de démarrage, nous leur en expliquons la raison et les orientons alors vers le type de financement qui correspond le mieux à leur projet ainsi que vers les acteurs de capital-risque adéquats (business angels, venture-capitalists, institutions publiques, etc.). Nous stimulons davantage la collaboration entre toutes les parties afin de faciliter l’accès au capital-risque pour les jeunes entrepreneurs. BNP Paribas Fortis investit également dans des fonds diversifiés, tels que, par exemple, Theodorus et Vives, spécialisés dans les spin-offs universitaires ou encore Epimède. Ces fonds investissent à leur tour dans les entreprises en phase de démarrage ou de croissance."

Une autre perception de l’échec

"La stigmatisation des entrepreneurs qui échouent disparaît peu à peu", explique Bernard Surlemont. "Prenez Take Eat Easy: cette start-up spécialisée dans la livraison de repas a finalement capoté, mais ses fondateurs donnent désormais des exposés sur la façon de gérer l’échec. Une chose pareille était impensable jusqu’il y a peu. Par ailleurs, les entreprises prennent progressivement conscience qu’un entrepreneur qui a échoué peut leur apporter beaucoup en tant que collaborateur. La persévérance, le sens de l’initiative, la négociation: ces qualités sont essentielles lorsqu’on lance sa propre affaire. Une telle expérience est toujours un plus sur un C.V."

À cela, Didier Beauvois ajoute :" Il reste bien sûr du chemin à parcourir, mais l’échec est de plus en plus perçu comme faisant partie du parcours d’apprentissage de l’entrepreneur. Les fondateurs de start-up qui ont échoué rebondissent très vite après leur échec pour se lancer dans de nouveaux projets. Cela participe au changement de perception de l’échec."

Un encadrement pour mieux démarrer

"Avant de débuter l’accompagnement du projet proprement dit, nous coachons l’entrepreneur en herbe, afin de nous assurer qu’il est fait pour cela", explique Bernard Surlemont. "À son arrivée ici, le porteur de projet se voit attribuer un coach, un entrepreneur chevronné, qui l’accompagnera durant son trajet d’incubation. Celui-ci joue un rôle crucial, puisqu’il dispose d’un réseau et surtout d’une vaste expérience à partager. Ainsi, nous signalons d’emblée au candidat entrepreneur qu’il est pris au sérieux."

Armer les jeunes entrepreneurs contre les défis à venir

"L’objectif d’un incubateur n’est pas de protéger les jeunes contre les dangers et les risques auxquels ils devront immanquablement faire face à l’extérieur, mais bien de les armer contre les défis qu’ils devront relever en tant qu’entrepreneurs. Il est donc extrêmement important de confronter au plus vite les entrepreneurs débutants avec des clients potentiels et des investisseurs. On ne peut pas rêver son produit idéal pendant six mois: il faut à un moment sortir du bois", nous explique Bernard Surlemont.

"Un entrepreneur bien formé et bien préparé a plus de chances de réussir " souligne Didier Beauvois. "Il est essentiel d’aider les jeunes à développer leurs qualités entrepreneuriales. Nous y contribuons en tant que partenaire du VentureLab: nous y organisons régulièrement des sessions d’information sur le financement et simulons des comités de crédit afin de challenger les projets des étudiants entrepreneurs. C’est une expérience très stimulante! L’intérêt d’un incubateur comme le VentureLab est évident: les jeunes qui y font leurs premiers pas d’entrepreneurs apprennent plus vite et maîtrisent mieux les compétences entrepreneuriales. C’est un outil indispensable pour la nouvelle génération d’entrepreneurs."

Source : BNP Paribas Fortis en collaboration avec Echo Connect

Bernard Surlemont

Contributeur:

Bernard Surlemont

Bernard Surlemont est professeur d’entrepreneuriat à l’HEC Université de Liège et fondateur du VentureLab, incubateur liégeois pour étudiants entrepreneurs et jeunes diplômés.