Fin juillet, le sud du pays a une fois de plus accueilli la Foire de Libramont, grand-messe annuelle des secteurs agricole et forestier et plus grande foire en plein air du monde. Pour les agriculteurs, ce n’est pas seulement l’occasion de rencontrer des collègues, fournisseurs, acheteurs ou autres partenaires, mais aussi le moment d’analyser leur activité et de chercher des pistes d’améliorations pour grandir en tant qu’entrepreneur. Jan de Keyser, Directeur de la section agricole chez BNP Paribas Fortis, nous partage son avis sur la question.

Chez BNP Paribas Fortis, les hauts et les bas de ces dernières années nous ont permis d'acquérir une riche expérience du secteur agricole, à travers nos expériences avec des entreprises de tous types. Celles qui fonctionnent bien, je l'ai souvent constaté, sont particulièrement attentives aux sept aspects essentiels ci-dessous. Entre deux éditions de la Foire de Libramont, j’encourage vivement les agriculteurs et les horticulteurs à investir dans au moins un de ces aspects. Ils sont en effet les piliers d'une entreprise agricole en bonne santé.

1. Une bonne gestion de l’information

Il n'y a pas de bons résultats techniques sans une gestion adéquate de l’information et une administration rigoureuse. Les entreprises d'aujourd'hui sont trop grandes et complexes pour être gérées « au feeling ». 

Quand les résultats sont médiocres ou mauvais, il arrive souvent que le chef d'entreprise en ignore les raisons de fond et soit incapable de prendre des mesures, menant alors à un sentiment de frustration et d’impuissance. Il faut tenir les rênes et mettre l’accent sur la visibilité, pour obtenir des résultats à la fois bons et prévisibles. Restez ciblé sur vos objectifs et assurez-vous que vos collaborateurs font de même. 

Faites régulièrement des essais avec de nouvelles méthodes, et contrôlez ce que cela donne par rapport au benchmark. Posez-vous cette question : « Où y a-t-il de la marge d'amélioration ? »

2. Une vue globale sur vos finances

Organisez-vous pour bien cerner votre trésorerie et ses différentes sources. Sont-elles décomposées par activité ou par type de produit ? Quel est le coût de revient des liquidités, quel est le prix d'équilibre ? Tous les débiteurs et créditeurs sont-ils répertoriés ?

Gérez vos dépenses privées séparément, par souci de clarté. Faites des prévisions de liquidités et ajustez-les lorsque les hypothèses ne correspondent plus à la réalité. Disposez-vous d'un matelas suffisant en cas de baisse de prix ou d'un autre incident ? Les répercussions des principaux risques sont-elles connues ? Quelle est la valeur de l’entreprise ?

Traditionnellement, l'exploitant comptait pour ses vieux jours sur le patrimoine représenté par l'entreprise. Il n'en va plus ainsi aujourd'hui lorsque l'exploitation n'est pas liée à la terre.

3. Etre pro-actif et savoir s’adapter

Les conditions du marché et le climat d'entreprise évoluent sans cesse et il devient difficile de faire les bons choix. C'est en réagissant adéquatement aux changements et aux problèmes que vous ferez la différence. Gardez de la flexibilité. Ici encore, il importe d'être bien informé.

Quel est le fond du problème ? Si nous osons citer Darwin, les entreprises qui réussissent sont celles qui s'adaptent le mieux aux circonstances.

Un problème survient ? Intervenez à temps et à bon escient. Plus vous tardez, plus le feu se propagera. Une bonne vision d'ensemble et des priorités correctes : corriger le problème à la source au lieu de jouer au pompier.

4. Une vision et une stratégie claire

Définissez clairement votre vision du secteur et du marché sur lequel vous opérez. Vous avez aussi besoin d'une vision pour votre entreprise et pour vous-même en tant qu'entrepreneur. Gardez un point de mire bien déterminé. Sans cible précise et sans objectif, vous arriverez peut-être quelque part, mais ce ne sera pas là où vous l'aviez prévu. Soyez ambitieux si vous voulez l’être, mais tenez compte de la situation et de vos propres compétences. Ce compromis entre ambition et réalisme n’est pas toujours facile à trouver. 

Prenez le temps de développer vos capacités d'entrepreneur. Tenez à l'œil l'évolution du marché et les facteurs de pérennité. Préférez-vous des partenaires stables dans le cadre d'une chaîne de production, ou vous sentez-vous mieux dans un rôle plus indépendant ? Un objectif à l'horizon nécessite aussi une feuille de route. Comment allez-vous arriver à votre but ? Quels sont les investissements nécessaires et souhaitables ?

5. Les bonnes compétences

Dans votre entreprise, vous êtes un vrai chef d'orchestre. Non content de vous occuper des animaux et des cultures, vous remplissez les fonctions de président de l'équipe de management, de gestionnaire de réseau, de négociateur, de directeur financier et d'inspirateur. Posez-vous ces questions : quels sont mes points forts ? Y a-t-il des choses que je fais moins bien ?

Soyez honnête et appuyez-vous sur votre talent. De quand date votre dernière formation ? Collaborez avec des gens qui sont compétents dans des domaines que vous maîtrisez moins facilement. Trop souvent, le chef d'entreprise a du mal à demander de l'aide, par exemple en situation de stress.

6. Une équipe solide

Votre équipe, c'est votre famille, votre personnel, mais aussi les différents conseillers externes, fournisseurs et clients. Une équipe solide renforce le professionnalisme du management. Dans votre rôle de chef d'entreprise, vous orchestrez l'ensemble des activités avec une attitude ouverte. Cela vous permet de mieux comprendre votre environnement et de prendre des décisions de qualité. Vos conseillers externes sont-ils suffisamment impliqués et compétents ? Sont-ils suffisamment indépendants ? Où trouvez-vous l'information pour étayer vos décisions ?

Veillez à la clarté de vos choix et de vos accords. Assurez-vous que ceux-ci sont respectés. D'après notre expérience, en cas de difficultés, les chefs d'entreprise sont souvent tentés de passer la main… et  leur entreprise risque alors de déraper.

7. L'envie

Comme tout être humain, l'entrepreneur doit trouver du plaisir dans son travail. Sans une bonne dose d'envie et de reconnaissance, personne ne tient le coup. Le plaisir est une maladie contagieuse : vis-à-vis de la famille, des collaborateurs et de l'entourage. À cet égard, nous sommes tous très différents. Ce qu’une personne appréciera, une autre personne ne pourra le faire plus de quelques jours. 

Naturellement, la satisfaction est d’autant plus grande que les choses sont bien faites. Tel est le secret pour travailler agréablement et fructueusement. Les gens qui réussissent le mieux se concentrent sur les choses qu'ils font bien et délèguent le reste. Steve Jobs en reste un bel exemple. C'était un brillant visionnaire, mais un piètre manager.

La bonne gestion est importante aussi, de même que la capacité de donner du sens à votre projet. Que laissez-vous derrière vous en tant que chef d'entreprise et en tant qu'être humain ? Quelle a été votre contribution à un monde meilleur ?

 

Jan de Keyser

Jan de Keyser

Jan de Keyser, directeur de la division agraire de BNP Paribas Fortis, a, en tant que fils d'un fabricant de fourrage, grandi dans le monde de l'agriculture et de l'horticulture. Durant sa carrière, plusieurs de ses projets ont d'ailleurs été liés au monde de l'agriculture.