Les relations entre la Flandre et la Wallonie ne sont pas toujours des plus aisées. Pour certains entrepreneurs, la frontière linguistique  représente bel et bien un obstacle physique. Pourtant, nous sommes les premiers et les principaux clients les uns des autres. Comme vous le savez, bien se comprendre constitue la base de toute bonne relation. Christophe Deborsu et Bart Kruismans, deux compatriotes qui connaissent aussi bien l’autre partie du pays que la leur, donnent ici quelques conseils pour apprendre à mieux connaître nos concitoyens de l’autre côté de la frontière linguistique.

Différences entre Flamands et Wallons

En termes d’entrepreneuriat, y a-t-il des différences entre Flamands et Wallons ?

Kruismans: “Sans compter les Bruxellois, je pense que chaque communauté en Belgique mérite d’être différenciée, la Wallonie sans doute un peu plus que la Flandre. Les Wallons ne sont pas encore convaincus de leurs propres atouts. Lorsque je vais en Ardennes, je suis par exemple abasourdi de voir combien de Néerlandais exploitent des sociétés de canoë-kayak. On dirait que les Wallons ne se sont rendu compte qu’ils pourraient gagner un peu d’argent que lorsqu’ils ont vu les embarcations de Hollandais sur l’Ourthe. On pourrait dire qu’il leur manque un certain esprit d’entreprendre.”

“Comme les Flamands, les Wallons sont capables de travailler dur. J’ai pu le constater personnellement à plusieurs reprises, pendant le Festival du Rire de Rochefort par exemple, où une équipe s’est donnée corps et âme pendant des semaines pour organiser un événement formidable. Mais ils doivent montrer davantage qu’ils ont de l’ambition et ils doivent plus croire en eux-mêmes. Ils regardent souvent leurs voisins du Nord, plus riches, avec admiration ou même  jalousie, et ne voient pas les atouts de leur propre région.”

Deborsu: “La Flandre est effectivement plus riche que la Wallonie. Un Flamand gagne en moyenne 17% de plus qu’un Wallon. Malgré cela, je constate aujourd’hui qu’une jeune génération d’entrepreneurs wallons est en train de naître, avec une toute autre mentalité. Ces jeunes-là sont déterminés à faire de belles et grandes choses avec la région et essayent de tourner chaque inconvénient en un avantage – comme Go4Padel par exemple. Par ailleurs, le chômage élevé signifie aussi qu’il existe dans la région une importante main-d’œuvre disponible et moins chère.”

En quoi sommes-nous semblables?

Deborsu: "Nous avons 550 ans d’histoire commune et un même passé religieux catholique. Cela se traduit par des caractéristiques que l’on retrouve aussi bien chez les Flamands que chez les Wallons."

Kruismans: "L’autodérision est typiquement belge – c’est quelque chose que ne connaissent pas (ou beaucoup moins) nos amis français ou néerlandais. Lorsque j’adapte mon spectacle pour une tournée aux Pays-Bas par exemple, je dois changer beaucoup plus que pour une tournée en Wallonie. Hormis une traduction en français, mon show reste quasi identique pour le public wallon.”

Franchir la frontière linguistique

Quelles différences de comportement entre Flamands et Wallons ?

Kruismans: “Le cliché qui veut que le Wallon est plus convivial est tout à fait correct selon moi. Et je pense que c’est lié au fait que la Wallonie dispose de plus d’espaces non habités et de campagnes que la Flandre. Le nord du pays est pour ainsi dire devenu une gigantesque ville, avec toute la pression et la tension que cela implique.”

“En ce qui concerne l’entreprenariat, les Wallons développent des relations professionnelles plus chaleureuses et plus personnelles, alors que les Flamands ont tendance à être plus réservés – à garder davantage une certaine distance. Lors d’un premier contact avec quelqu’un de l’autre côté de la frontière linguistique, cela peut être déconcertant, parce qu’on ne parvient pas toujours à distinguer clairement ce qui est accepté de ce qui ne l’est pas. Mais au final, ces petites différences ne sont pas insurmontables.”

Deborsu: “Je ne pense pas que les Wallons soient plus chaleureux ou plus conviviaux que leurs voisins du nord. D’après mon expérience, les gens dans la rue à Namur par exemple se saluent autant qu’à Anvers. Par contre, la langue reste un point très sensible, peut-être même plus encore aujourd’hui qu’avant. A ce sujet, les francophones sont plus ‘formels’ que les néerlandophones. En Wallonie, l’usage du ‘vous’ est la norme, alors qu’en Flandre, on passe plus vite du ‘vous’ au ‘tu’."

Quel conseil donneriez-vous à un entrepreneur qui passe la frontière linguistique ?

Deborsu: “Règle d’or : chercher quelqu’un qui maîtrise parfaitement la langue ou mieux encore, quelqu’un dont la langue maternelle est celle de l’autre région. Je parle d’expérience parce que si je n’avais pas parlé néerlandais, je n’aurais jamais été aussi connu que je le suis aujourd’hui en Flandre et je suis convaincu qu’il en va de même pour Bert.”

“A noter aussi que les contrats en Wallonie sont établis de manière beaucoup plus formelle qu’en Flandre. Les Flamands définissent les grandes lignes de leurs contrats et règlent les détails par la suite. En Wallonie, on suit plutôt la tradition française, selon laquelle chaque point, chaque virgule doit être à sa place pour éviter toute contestation.”

Kruismans: “La Flandre en revanche est un peu plus rigoureuse. Prenez le temps d’attente par exemple : un Flamand est prêt à attendre 10 minutes, mais pas plus, alors qu’un Wallon pourra facilement patienter une demi-heure, selon le modèle méditerranéen. Conséquence logique de tout cela, le processus est un peu plus chaotique mais au final, le résultat est toujours à la hauteur.”

Une coopération par-delà la frontière linguistique présente-t-elle des avantages ?

Deborsu: Certainement. Je suis toujours étonné de voir qu’il n’y a plus de programmes TV flamands diffusés en Wallonie et inversement. Je suis sûr qu’une série comme ‘Van vlees en bloed’ connaîtrait aussi un formidable succès dans le sud du pays. Nous sommes les premiers clients les uns des autres et nous avons beaucoup à nous apporter mutuellement. En fait, notre histoire ne doit pas être basée sur un ‘ou-ou’ mais plutôt sur un ‘et-et’. Nous avons tout intérêt à coopérer car les deux communautés ont chacune de formidables atouts.”

Christophe Deborsu

Contributeur:

Christophe Deborsu

Christophe Deborsu a débuté sa carrière comme journaliste à la RTBF. Ses contributions hebdomadaires au programme ‘De Zevende Dag’ et son bestseller ‘Dag Vlaanderen’ où il présente la Wallonie aux Flamands l’ont aidé à se faire connaître en Flandre. Après un passage chez Woestijnvis, il est aujourd’hui présentateur sur RTL TVi.

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