Vous vous souvenez peut-être de Heidi Rakels comme de la judoka qui a remporté la médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992. Entre-temps, le succès lui sourit à nouveau, mais cette fois en tant que co-fondatrice et CEO de GuardSquare, une start-up spécialisée dans les logiciels de sécurité pour applications mobiles. Ci-dessous, elle nous explique comment elle a fait ce changement, quelles qualités lui ont permis de réussir dans le sport de haut niveau et en affaires, et comment elle vit les différences entre les deux mondes. 

D'athlète à entrepreneur technologique

Rakels commença le judo sur le tard, à dix-sept ans. Après ses études secondaire, elle a suivi une formation d’ingénieur civil en informatique à la KULeuven. Ce n'est que vers la fin de ces études que le judo a commencé à prendre une place plus importante, lorsqu’elle est devenue membre de l'équipe nationale vers l'âge de 21 ans : le début d'une riche carrière avec une série de médailles et de victoires nationales et internationales, et dont le point culminant absolu fut le bronze olympique.

A l'âge de 36 ans, elle abandonne définitivement le sport de haut niveau et reprend son ancienne passion en travaillant en tant qu'ingénieur logiciel indépendant. En 2014, elle a fondé avec son compagnon Eric Lafortune, GuardSquare, une entreprise qui 5 ans plus tard compte 50 employés et qui pour cela est l'entreprise technologique belge avec la plus forte croissance de ces dernières années. GuardSquare fabrique des logiciels de sécurité pour les applications mobiles et a levé 29 millions de dollars auprès d'un fonds d'investissement américain début 2019. En plus de cela, Rakels a également été élue " ICT Woman of the Year " par DataNews magazine.

Persévérance et motivation

A-t-elle eu beaucoup de mal à passer du statut d'athlète de haut niveau à celui d'entrepreneure ? Y a-t-il des similitudes entre ses deux carrières ? Ou plutôt des différences ? Rakels : « Les deux mondes sont assez différents. Bien qu'il y ait certainement des qualités de ma carrière de judoka qui m'aident actuellement dans l'entreprise : patience, résistance au stress, motivation, persévérance.... Ce sont là toutes des qualités qu’en tant qu'athlète vous devez posséder pour prester au plus haut niveau, et qui sont également très utiles en tant qu’entrepreneur : les revers sont une certitude, il faut donc être assez fort mentalement pour les surmonter ».

Concentration et utilisation judicieuse de votre temps

« En tant que judoka, un des éléments que j'ai trouvé le plus difficile était de diviser mon attention entre deux choses. En ce sens, c'était une bien pour moi que ma carrière de judoka ne démarre vraiment que vers la fin de mes études. En entreprise, différentes tâches me tombent simultanément dessus : la concentration n’y est pas devenue plus facile. Cela m'a forcée à apprendre à déléguer et à être très attentive à tout : ‘Est-ce que ce que je fais est réellement utile ? Est-ce que cela aide l'entreprise à aller de l'avant ?’ Le temps est peut-être ce qu'il y a de plus précieux dans une jeune entreprise : il faut rester concentré et le gérer consciencieusement ».

« Cette prise de conscience vient aussi avec l’expérience : au fur et à mesure que vous grandissez, vous apprenez à établir les priorités, à reconnaître ce qui est important et ce qui doit être traité en premier ou ce que vous pouvez sous-traiter. En même temps, il est important, en tant que manager, de sentir ce qui se passe au sein de l'entreprise. À cet égard, je suis heureuse d'avoir pu par exemple faire les ventes au début : en ayant tout fait au moins une fois, vous comprenez mieux les particularités de chaque domaine, et vous avez une meilleure compréhension de votre entreprise, du marché, des clients, etc. »

« Un piège classique pour les jeunes entreprises lorsqu'il s'agit de gestion du temps est de fournir des consultances : chaque heure passée sur ce point est une heure que vous perdez pour l’élaboration de votre produit de base. C’est pour cette même raison que nous ne faisons qu'une preuve de concept moyennant des frais : nous ne voulons pas perdre de temps avec des gens qui envisagent peut-être d'acheter notre produit ».

Apprendre à faire face à l'imprévisibilité

Il existe également des différences importantes dans d'autres domaines. Rakels : « Dans le sport, tout est très simple : vous avez un plan clair pour préparer les matchs ou un tournoi, et vous vous y tenez. Excepté sur la compétition elle-même, vous avez le contrôle sur presque tout. Au sein d’une entreprise, c'est complètement différent : de l'environnement, au marché et aux personnes, tout change constamment et cela engendre le chaos. Bien sûr, il y a un plan, mais c'est tout sauf un itinéraire bien tracé - surtout dans un monde imprévisible comme celui de l'informatique, où les tendances ou les produits d'aujourd'hui peuvent être irrémédiablement dépassés dans cinq ans ».

« Je trouve cette imprévisibilité très difficile, surtout en tant qu'ingénieur : vous êtes constamment en conflit avec vos limites, et il est impossible d'être préparé à tout. Au fil du temps, vous apprenez à voir les difficultés moins comme des problèmes mais plutôt comme des défis. Il s'agit de penser d'une manière axée sur les solutions et de ne pas se laisser freiner, mais de trouver un moyen d'avancer. Paradoxalement, plus votre entreprise est grande, plus vous avez de problèmes, au mieux vous y résistez ».

Externaliser les faiblesses

« La plus grande différence pour moi, c'est peut-être qu'en tant qu'athlète de haut niveau, j'étais toujours seule : bien sûr, j'avais une équipe autour de moi, mais une fois sur le tapis, je devais le faire seule. C'est complètement différent dans une entreprise : on ne peut pas le faire seul, il faut donc faire appel aux autres, qu'on le veuille ou non. C'était difficile au début, parce que c'était complètement nouveau pour moi. En même temps, c'est fantastique : autour de moi, j'ai toute une équipe de personnes qui excellent dans tous les domaines dans lesquels je ne suis pas bonne. Je peux donc tout simplement externaliser mes faiblesses : vous n'avez pas ce luxe dans le sport ».

Heidi Rakels

Heidi Rakels

Heidi Rakels est ingénieure en informatique de formation mais a d'abord fait carrière comme sportive de haut niveau, avec une médaille de bronze en judo aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992. Après avoir fait ses adieux en tant que judoka, elle s'est lancée dans une deuxième carrière : avec son ami, elle a fondé GuardSquare, qui fait des logiciels de sécurité pour les applications mobiles. En 2019, DataNews lui a décerné le titre de ICT Woman of the Year.