L’entrepreneur est souvent seul face à son rêve. Son projet se heurte tant aux contraintes matérielles qu’à la peur du risque, quand ce n’est pas à la démotivation de l’entourage. Et pourtant, certains dépassent tout cela : le rêve à la réalisation peu probable devient alors véritable success story. Comment y parvenir et dépasser les « casseurs de rêve » et autres démotivateurs? Eric Domb, fondateur et président de Pairi Daiza, est bien placé pour en parler : alors que nul ne croyait vraiment en son projet entrepreneurial, son parc animalier parti de rien dans le Hainaut est devenu la 1ère attraction touristique de Belgique. 

Identifier la critique salutaire

Aujourd’hui, Pairi Daiza réunit 5000 pensionnaires de 500 espèces différentes. C’est aussi de la création d’emplois, avec 800 collaborateurs (CDI, saisonniers et étudiants confondus). En termes d’activité touristique, le zoo reçoit 1,7 million de visiteurs par an. Pourtant, lors du lancement en 1994, les démotivateurs répétaient à Eric Domb combien développer ce genre d’activités relevait de la folie, surtout dans cette région de la Belgique. Mais il a su trouver un équilibre entre surdité et écoute : « Il faut souvent beaucoup de courage pour supporter les casseurs de rêves, là où certains voient des opportunités, les toxiques ne voient que des problèmes. Mais, en tant qu’entrepreneur, on doit avoir l’honnêteté intellectuelle de les écouter. En effet, certaines critiques peuvent être justifiées ou peuvent contribuer à améliorer notre manière de travailler. Mais il n’est pas toujours facile de distinguer la méchanceté de la critique salutaire. Par contre, l’entrepreneur sait au fond de lui faire la part entre les raisons de ne pas faire quelque chose et les contraintes réelles ».

Savoir motiver les forces vives

Ne vous braquez pas sur les démotivateurs. Comme Eric Domb l’explique : « La majorité des gens sont des gens bien, mais ce ne sont hélas pas eux qui s’expriment le plus. Tout au long de mon parcours entrepreneurial, j’ai aussi cependant vu survenir des individus prêts à bien me conseiller et à me soutenir. A partir du moment où on leur explique ce que l’on va faire et que cela leur parle, c’est ce qui se produit. Par exemple :

  • Demandez un avis à vos visiteurs ou clients. Au lancement du parc, tout était encore à faire dans ce qui s’appelait encore à l’époque « Paradisio ». A l’attention des visiteurs souhaitant donner leur point de vue, nous avions imprimé un petit carton-suggestion : « Le paradis n’est pas parfait, aidez-nous à ce qu’il le devienne ». 9 cartons sur 10 étaient encourageants ;

  • Laissez-vous surprendre par la générosité des actions spontanées. Dans le cadre de mon projet Nassonia (ndlr : projet alternatif de gestion forestière à Nassogne, en province de Luxembourg), des citoyens de la région ont décidé de se mobiliser et de fonder « Pro Nassonia  » afin d’appuyer mon projet ;

  • Ne voyez pas des freins là où il n’y en a pas, comme les démarches administratives ou délais. Je dois reconnaître que, la plupart du temps, depuis le tout début de Pairi Daiza, l’administration a en effet contribué à valider mes choix, à avancer et à m’améliorer ;

  • Entourez-vous de collaborateurs et partenaires qui partagent vos valeurs. Mes employés ne travaillent pas pour moi mais pour eux, en prenant part à une aventure dans laquelle ils ont tous un rôle à jouer ».

Rendre tout possible grâce à la passion

« J’ai une chance extraordinaire : faire ce que j’aime et dans un projet où convergent tous mes centres d’intérêt. De là, une passion qui permet de réaliser le potentiel qui est en soi. On devient ainsi celui que l’on est vraiment. Cela donne du courage, même à l’homme le plus ordinaire que je suis. Cela abolit tous les ‘c’est impossible’, vraiment très exaspérants. 

Par exemple, la force de cette passion, je l’ai encore testée lorsque j’ai voulu créer un véritable jardin chinois avec des artisans venu de Shanghaï pour garantir l’authenticité du lieu. Pour une entreprise privée comme la nôtre, c’était difficilement envisageable de convaincre une entreprise publique chinoise qui traite habituellement avec des Etats et autres institutions. Nous y avons cru au point de séduire les autorités chinoises. Nous avons reçu de leur part, en prime, un couple de pandas. Et ce n’était pas l’intention de départ ».

Placer la mission de son entreprise au-dessus de tout

Pour Eric Domb, les livres traitant du succès-clé-sur-porte n’enrichiront jamais que ceux qui les ont écrits. Il n’y pas de recette-miracle : « La solution est en chacun de nous, et beaucoup plus que ce qu’on ne le pense. Et ce qui compte, ce n’est pas le combien ni le quoi, mais c’est le comment. Mon « comment » à moi, c’est  ma mission d’émerveillement des autres dans une nature préservée. Cela reste un ingrédient puissant. Dans mon cas, l’argent est donc un moyen et non une fin en soi. Avec l’argent pour seul moteur, je n’aurais jamais pris tous ces risques ni affiché - face à l’adversité ou les démotivateurs - la même détermination ».

eric Domb

Contributeur:

Eric Domb

Eric Domb est le fondateur et président du parc animalier Pairi Daiza. Cette success story a valu à Eric Domb le titre de Manager de l’année 2007 et à Pairi Daiza, celui d’Entreprise de l’année 2015. Il a aussi été président de l’UWE (Union Wallonne des Entreprises) de 2006 à 2009. Mais Eric Domb reste surtout un amoureux d’éléphants qui a su garder son âme d’enfant et cultiver sa passion pour la nature.

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