Olivier Simonis, cofondateur de plusieurs entreprises nous partage les 11 leçons principales apprises tout au long de son parcours entrepreneurial : depuis la création d’entreprise jusqu’au lancement de produits et la gestion des relations avec ses clients. 

1) Il n’est jamais trop tard pour entreprendre

« Serge et moi avions 40 ans quand nous avons lancé Qualifio. C’est un peu atypique dans le monde des “start-up” tech, mais ce n’est en aucun cas un obstacle : il n’y a pas d’âge pour entreprendre !

A vrai dire, créer son entreprise sur le tard a plusieurs avantages : j’avais déjà un réseau, de l’expérience professionnelle, et surtout une bonne vision de la culture d’entreprise que je souhaitais construire. Je savais ce que je voulais – et ce que je ne voulais pas.

Bien sûr, cela présente également quelques désavantages. Personnellement, j’avais déjà pas mal d’obligations (familiales, financières). Il a donc vite fallu que je puisse me payer un salaire, même minimal. Je ne pouvais pas me permettre les mêmes choses que si j’avais eu 20 ans et que je vivais encore chez mes parents, par exemple. »

2) Deux têtes valent mieux qu’une

« Seul, on va plus vite. Ensemble, on va plus loin. » Cette phrase est sans doute un peu clichée, mais elle reflète bien la nécessité de trouver un ou plusieurs partenaires complémentaires pour démarrer l’aventure. 

Dans le cas de Qualifio, Serge a pris en charge tous les aspects techniques ; moi, le reste (vente, marketing, finances, etc.). C’était la situation « idéale » car, en se lançant dans la création d’un logiciel, il nous était impératif d’impliquer dès le départ un profil IT dans la société. Pour une boîte “techno”, sous-traiter l’informatique revient à se mettre en grand danger...

Il faut donc de la complémentarité et des différences, mais il y a une chose sur laquelle vous ne devez pas faire de concession : votre ou vos associé(s) doivent impérativement partager vos valeurs ! Ce qui nous amène au point suivant. »

3) Ecrivez vos valeurs dès le premier jour

« Dès le départ, ayez une idée précise de l’entreprise que vous voulez construire. Chez Qualifio, les valeurs clé intègrent le respect, la bienveillance, la gentillesse. Contrairement à ce que l’on peut penser, ces mots ne sont pas incompatibles avec excellence, qualité, proactivité, croissance… Au contraire !

Les valeurs, écrites et formalisées, deviennent alors le filtre pour recruter les bonnes personnes. Si les valeurs sont partagées par les nouvelles recrues, la culture d’entreprise va se mettre en place naturellement et fédérer votre équipe. Lorsque vous embauchez, tenez toujours compte du fit culturel du candidat, de sa mentalité, plutôt que de ses hard skills, qu’il pourra apprendre sur le tas.

Ces valeurs vont aussi naturellement guider les actions et les décisions de l’entreprise dans son évolution. La cohérence des actions du management par rapport aux valeurs partagées permet de développer une entreprise harmonieuse, dans laquelle les gens prennent plaisir à venir travailler au quotidien. »

4) L’humain d’abord

« Une entreprise est avant tout une aventure humaine. C’est d’autant plus vrai dans l’économie d’aujourd’hui, qui est basée sur les connaissances et le savoir. La seule chose qui compte vraiment pour progresser, c’est de bien recruter, motiver, inspirer, fidéliser, donner confiance, faire grandir et s’épanouir une équipe.

En tant que CEO d’une petite entreprise qui grandit, c’est aujourd’hui toujours ma priorité. Je consacre d’ailleurs près de 50% de mon temps au recrutement. C’est essentiel, car une bonne recrue va faire toute la différence et faire des miracles en termes de business, d’innovation, d’impact sur la culture. Lors d’un recrutement, je me pose toujours la question suivante : “est-ce que la personne en face de moi va rendre l’entreprise plus forte ?”

Au contraire, un mauvais recrutement va ralentir l’entreprise et coûter cher (en temps et en argent). Cela est d’autant plus vrai quand on démarre : si l’on est trois et que l’on engage une mauvaise recrue, l’impact peut être énorme. Les premiers recrutements sont donc les plus critiques. »

5) Rigueur, rigueur, rigueur

« “La plus grande liberté naît de la plus grande rigueur” disait Paul Valéry. Dès le démarrage de votre entreprise, n’ayez pas peur d’être carré. Mettez en place des tableaux de bord précis sur l’évolution de votre activité et conservez des historiques, documentez vos comités de direction et CA, bétonnez vos contrats et conditions générales de vente, mettez vos freelances sous contrat avec des clauses de cession d’IP et de RGPD, déposez vos marques, établissez un business plan et un organigramme, etc.

Si certaines choses peuvent sembler superflues au départ, vous verrez qu’elles se révéleront essentielles pour la suite, notamment dans le cadre d’une levée de fonds ou d’un rachat. Vos éventuels investisseurs procéderont à une due diligence et voudront tout passer en revue… Alors pourquoi attendre ? Autant vous montrer rigoureux dès le départ car plus l’entreprise grandit, plus ça se complique. Une idée pour faire le tour des outils, documents, contrats à mettre en place est de s’inspirer d’une d’une check-list de due diligence. »

6) Vous n’êtes pas obligé de travailler 80 heures par semaine pour réussir

« De la même façon que les valeurs de bienveillance et de respect sont tout à fait compatibles avec le monde du business, l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle peut rimer avec excellence et qualité. Cet équilibre est essentiel pour rester alerte et serein. Je connais des agences de communication où le quotidien est fait d’urgences, de rushes, de soupers pizzas, de travail nocturne… Conclusion : les gens ne restent pas. Ils sont brûlés en quelques années, voire quelques mois. »

7) Commencez rapidement à vendre

« Quand nous avons lancé Qualifio, nous avons vite trouvé nos premiers clients et leur avons vendu un produit qui, au départ, était à peine plus qu’un POC (proof of concept).

A l’inverse, je vois des entreprises travailler sur un produit pendant des années avant de mettre sur le marché ce produit “parfait” (ce qu’il ne sera d’ailleurs jamais…) et de le confronter à l’utilisation des clients. C’est ce qu’on peut appeler de l’overengineering.

Nous, on a choisi de faire l’inverse : on a lancé un produit qui était loin d’être fini et dont l’évolution s’est faite (et continue de se faire) sur base du feedback continu des utilisateurs. Si c’était à refaire, je choisirais toujours cette approche. Cela nous a sans doute évité de partir dans une direction qui n’aurait pas été celle que voulaient nos clients. »

8) Restez concentré

« Dans un parcours d’entrepreneur, vous aurez tous les jours mille et une tentations de faire autre chose, de développer un projet parallèle, d’étendre votre produit au-delà de sa mission de base. On vous dira probablement que c’est une super bonne idée, mais attention : danger ! Selon moi, il est essentiel de mettre le focus sur un seul objectif, une seule mission. Si vous avez la chance de trouver une niche qui marche, creusez-la, exploitez-la à fond, mais surtout ne cédez pas à la tentation de l’étendre ! C’est importantissime.

Bien sûr, il faut écouter vos clients, mais restez concentré sur la niche que vous avez trouvée. Vous devez tout donner, faire le maximum de ce qui peut être fait, même si cela se fait au détriment d’autres projets. C’est cette simplicité et ce “focus” qui payeront ! Par exemple, Qualifio n’est pas un outil d’e-mailing. Nous préférons être les meilleurs dans notre niche (campagnes marketing interactives et collecte de données) plutôt que d’être “moyens” dans un plus grand nombre de fonctionnalités. »

9) Soyez paranoïaque (mais pas trop)

« Andy Grove a un jour dit que seuls les paranos survivent… Et il n’avait pas tout à fait tort : rien n’est jamais acquis. Il faut rester à l’écoute de ses clients et du marché, être humble, se remettre en question en permanence et savoir accepter la critique. Nokia était encore le roi du monde de la téléphonie en 2007 ! Deux ans plus tard, après la sortie de l’iPhone, ils avaient tout perdu ou presque... Conclusion : ne vous reposez jamais sur vos lauriers, ne vous montrez jamais arrogant. C’est absolument capital ! »

10) Ne vous sentez pas obligé de lever des fonds

« Démarrer une entreprise sans lever de fonds vous permet d’être très pragmatique, efficace, réaliste et de vous focaliser directement sur un objectif vital : vendre et faire rentrer de l’argent dans la société pour couvrir vos coûts (et vous payer un salaire !) Chez Qualifio, nous avons réalisé notre première levée de fonds six ans après le lancement du produit. Nous étions prêts à scaler, et le marché était suffisamment mature. La levée de fonds nous a permis de passer à la vitesse supérieure et surtout de faire grandir les gens (human first). »

11) Ne soyez pas obsédé par la concurrence

« Evidemment, vous devez accorder de l’attention à vos concurrents ; ils sont une partie importante de votre business. Si vous n’en avez pas, posez-vous les bonnes questions : peut-être n’y a-t-il pas de marché ou n’est-il pas rentable ? Avoir de la concurrence est bénéfique : elle vous empêche de faire certaines erreurs, vous donne des idées et vous aide à éduquer et évangéliser le marché. Il faut juste trouver un moyen d’être meilleur qu’elle ! (rires) »

En conclusion, il faut être conscient que quand on lance son entreprise, rien ne marche jamais vraiment comme prévu. Pour réussir, il faut pouvoir s’adapter, dévier, pivoter… La seule chose qui compte vraiment, c’est votre optimisme, votre envie d’y arriver, votre volontarisme, votre tendance à voir le verre à moitié plein, votre capacité d’adaptation, votre faculté à aller de l’avant. Si vous cherchez une raison d’abandonner ou de ne pas vous lancer, vous en trouverez toujours… Tenez-vous aussi éloigné que possible du défaitisme ; accrochez-vous ! Finalement, pour paraphraser Winston Churchill : créer son entreprise, c’est un peu « aller d’échec en échec avec enthousiasme ». »

 

Olivier Simonis

Olivier Simonis

Olivier Simonis est le co-fondateur et CEO de Qualifio, fondée en 2011 avec Serge Rappaille. Il a également co-fondé 87seconds (agence video) et Javry (plateforme de livraison de café équitable). Avant de lancer Qualifio, Olivier était directeur marketing & digital chez Rossel (éditeur du Soir, SudPresse, Vlan, etc.). Il a commencé sa carrière comme consultant chez PwC à Washington DC.