Stéphane Halleux est un artiste belge singulier, qui a décidé de fonder sa propre boîte pour... s'amuser. Un modèle d'originalité pour de jeunes entrepreneurs tentés par les arts. 

Du rôle de créatif à celui de patron

J'ai longtemps travaillé pour un studio d'animation à Liège. « Dans cette structure, j'étais un créatif parmi d'autres. Mais un créatif pas très créatif, puisque je n'étais pas à la base de la création. C'est cet univers que je souhaitais quitter petit à petit pour gagner en indépendance et en liberté ». J'étais jeune, mais je ne voulais pas me mettre en danger, donc je n'ai pas tout plaqué sur un coup de tête. J'ai vécu une période transitoire où j'ai travaillé dans un dépôt de meubles (il fallait bien manger) pour, parallèlement, poursuivre des activités artistiques dans la sculpture. Mes efforts et ma patience ont fini par payer. Une galerie a repéré mon travail, qui a très rapidement rencontré son public. Résultat : très vite, je n'arrivais plus à faire face à la demande. C'est à ce moment-là seulement que j'ai décidé de lancer mon entreprise

Conjuguer les statuts d’artiste et d’entrepreneur

Je dirais que je suis un artiste avant tout : « Je ne ressens absolument pas cette casquette de chef d'entreprise. » D'ailleurs, je n'ai pas du tout un désir d'expansion internationale (même si je suis exposé partout dans le monde). D'autres y arrivent avec brio. Je prends le cas d'un de mes maîtres, Wim Delvoye, parce qu'il a réussi à monter une entreprise sans perdre son âme et l'essence de ce qu'il faisait. Pour moi, c'est cela, être un artiste. Puis, mon objectif n'est pas d'amasser de l'argent. Je veux utiliser l'argent que je gagne pour créer de nouvelles opportunités, de nouvelles techniques. Je veux être libre, artistiquement. 

Comment concilier arts et esprit d'entreprise ?

Je conseillerais à ceux qui veulent se lancer de suivre le même exemple que moi, peut-être. « J'invite à la prudence, à y aller de manière progressive ». Cela dit, je ne veux pas me contredire non plus, ce n'est pas incompatible avec le désir de s'amuser. Il faut justement mettre toutes les chances de son côté pour transformer son entreprise en... terrain de jeu et d'expérimentation. Il faut donc faire quelques calculs pour ne pas se mettre en danger. Un brin de chance est également nécessaire. Cela dit, pour démarrer quand on a moins de moyens, un financement public peut aider. Mais là aussi, il faut pouvoir lâcher prise à un moment donné. J'ai toujours eu la chance de ne pas dépendre des financements culturels publics. Je m'en sens d'autant plus libre et autonome, dans mon travail et dans mes choix.

Stéphane Halleux

Stéphane Halleux

Cet artiste sculpteur belge a notamment créé le personnage de « Mr Hublot », devenu le héros d'un court métrage récompensé par l'Oscar du meilleur court métrage d'animation en 2014. Il est aujourd'hui à la tête de sa propre entreprise. Son travail bénéficie d’une reconnaissance internationale.

Confirmer