Comment devenir son propre patron quand on a été jusque-là employé ? Vanessa Renard explique comment elle a lancé sa chocolaterie au terme d’une carrière dans le secteur bancaire. 

Un changement de carrière en douceur et après avoir validé son modèle

Alors qu’elle était employée chez BNP Paribas Fortis, Vanessa Renard a suivi une formation de chocolatier en cours du soir, tant par passion du produit lui-même que de son processus de fabrication. Un an plus tard, elle prenait un numéro d’entreprise auprès de la BCE (Banque-Carrefour des Entreprises). C’est ainsi qu’elle a commencé à vendre ses chocolats auprès de son entourage et sur les marchés. L’année suivante, elle devenait indépendante à titre principal et ouvrait sa boutique à Etterbeek. La transition s’est faite en douceur : « Cette période où j’ai été indépendante à titre complémentaire m’a permis de tester mon activité en conditions réelles, ainsi que de valider mon modèle. J’ai, par exemple, pu faire un stage chez un chocolatier. Cela a été l’occasion de réaliser combien le métier pouvait être répétitif ainsi qu’assez physique, car on reproduit finalement les mêmes gestes et on est debout toute la journée. Sur les marchés, j’ai pu notamment avoir des retours clients et définir mon pricing au plus juste ».

Commencer par s’acquitter des démarches en tant que starter

: Entreprendre requiert en effet tout un travail d’amorçage de l’activité : « Les 3 premiers mois de mon activité consistaient à travailler administrativement et il me tardait de produire et vendre mes chocolats. Il faut en effet faire toutes les démarches dont doivent s’acquitter un starter (TVA, cotisations sociales, guichet d’entreprises, choix de la forme de société…). En ce qui me concerne, j’ai eu la chance d’avoir accompagné des entrepreneurs au cours de ma ‘vie antérieure’ chez BNP Paribas Fortis. Je connaissais donc tant les démarches à faire que les divers organismes de coaching et d’encadrement lorsque l’on est en début d’activité (hub.brussels, JobYourself, incubateurs…). De même, vu l’aspect commercial de mon précédent métier, je savais comment pitcher et je n’ai eu aucun souci lorsqu’il a fallu entrer en négociation, notamment avec les fournisseurs ».

Ouvrir un magasin oui, mais au bon endroit

De la même façon, l’aspect géomarketing de son activité a été réglé assez naturellement pour Vanessa Renard : « Au départ, je ne pensais pas avoir un magasin physique aussi vite. Alors que je me promenais dans mon quartier, j’ai repéré un commerce à louer, dont le propriétaire était justement en train de faire des travaux. Double avantage : j’allais pouvoir prendre part à l’aménagement avec une certaine marge de liberté et je connaissais le quartier, donc la façon dont il vit, les habitudes des clients, le potentiel des commerces aux alentours, etc. Je n’ai plus eu alors qu’à confronter mon feeling aux chiffres : via hub.brussels, je suis allée consulter le baromètre de fréquentation des rues pour ce quartier. C’est un point à ne pas négliger lorsque l’on décide d’ouvrir un magasin ».

Comment coiffer toutes ces casquettes sur une seule et même tête d’indépendant ?

En tant que starter, on peut vite être dépassé, surtout lorsqu’il faut coiffer plusieurs casquettes. Vanessa Renard explique comment elle s’en sort : « La première année est une année de test. On y va souvent en mode essai/erreur. Ajoutez à cela que l’on fait vite des semaines de 70-80 heures. C’est mon cas vu que je suis seule, à la fois à la production et à la vente. Quand on fait l’un, on ne fait pas l’autre. Pour diminuer la charge mentale qui pèse sur les indépendants - et qui plus est les starters - on apprend à :

  • Déléguer, surtout si cela sort de son champ de compétences : je fais appel à un comptable pour la TVA, les déclarations fiscales, etc. Si je reste mon propre community manager, je m’appuie cependant sur l’expertise d’un graphiste ou d’un webmaster le cas échéant. Du côté financier, des demandes de prime sur investissement et de mon business plan, j’ai été accompagnée par mon comptable, mon banquier, le Guichet d’Economie Locale (GEL), etc.
  • S’écouter : pour éviter une baisse de régime, j’ai fermé quelques jours, le temps de sortir un peu la tête du guidon. Cela permet de prendre du recul et de réfléchir à de nouveaux projets ;
  • S’en remettre au bon sens : après une période de rush, je me suis déjà retrouvée en rupture de stock. Il m’a donc fallu faire un choix : fermer une matinée -et donc ne pas vendre - afin de me consacrer à la production. Ceci m’a permis de reprendre de plus belle ensuite ;

Ce qui change lorsque l’on se met à son compte

Quand on demande à Vanessa Renard ce qui a changé le plus lorsqu’elle est passée du statut d’employé à celui d’entrepreneur, elle envisage cela sereinement : « Il est certain que je n’ai plus mes week-ends à moi, surtout en cette période de Pâques. De plus, vu que je tiens un magasin, je ne compose plus mes horaires moi-même. De la même façon, je dois faire davantage attention aux dépenses privées ou planifier autrement mes vacances. Cela vous apprend à revenir à l’essentiel, comme par exemple soigner la qualité des moments passés en famille. Dans mon cas, j’avais également une priorité en me lançant : faire le tour, d’entrée de jeu, des diverses hypothèses possibles en matière de plan financier. Je voulais ainsi me libérer l’esprit de la crainte de ne pouvoir faire face aux factures, au loyer, etc. L’important, c’est de se rassurer à terme sur les éléments qui font peur, afin de ne pas se laisser ‘polluer’. Ceci permet de se concentrer au mieux sur son business, et en ce qui me concerne, de faire de la place également pour l’aspect créatif de mon métier ».