Le nombre de (semi-)professionnels qui s’adonnent à la viticulture dans notre pays ne cesse de croître. Mais la Belgique est-elle un terroir bien adapté ? Comment se lancer dans une telle aventure et que peut-on en attendre ? Paul Vleminckx de Chardonnay Meerdael à Oud-Heverlee produit des vins mousseux et nous explique son parcours. 

De 20.000 pieds de vigne à huit hectares

Paul Vleminckx est depuis toujours un grand amateur de vin et de champagne. En 1994, il commence par planter 20.000 pieds de vigne dans son domaine près de Louvain. “Je connaissais pas mal de gens dans la région champenoise, j’y allais souvent et je rêvais de tenter l’expérience moi-même”, raconte-t-il. “Après la vente de notre entreprise familiale (producteur de sauces Vleminckx), j’avais le temps et les moyens pour me lancer. Et dès le premier jour, cela a assez bien marché. Nous avons alors décidé, en 1998, d’étendre peu à peu l’affaire. De deux hectares, nous sommes passés à huit.” 

Réchauffement climatique : ce n’est pas une bénédiction

Peu de gens savent que la Belgique a une tradition viticole, rappelle Paul Vleminckx. “Il y a plusieurs centaines d’années déjà, on produisait du vin dans la région mais au Moyen-Age, une longue période de refroidissement a décimé pas mal de vignes. Celles qui ont survécu ont ensuite été détruites par Napoléon. Pour des raisons protectionnistes, les vignobles belges ont été défrichés afin de protéger les viticulteurs français. Ce n’est qu’aujourd’hui que cette tradition est de retour.”

Dans l’ensemble, la Belgique jouit d’un climat assez propice à la viticulture. Mais depuis quelques années, Paul Vleminckx observe les effets tangibles du changement climatique, des effets qui sont loin d’être favorables : “Les gens pensent généralement que le réchauffement climatique facilitera le retour de la viticulture dans notre région mais ils se trompent. Le réchauffement s’accompagne d’une élévation du taux d’humidité dans l’air, ce qui augmente la pluviosité et donc le développement de moisissures et de mildiou, ce qui affecte la qualité du raisin. Depuis 2008-2009, on assiste à une véritable ‘attaque’ climatique : en mars, on a parfois des températures anormalement élevées, suivies en avril de soudaines gelées nocturnes qui provoquent énormément de dégâts.”

Qualité locale avant tout

Avec ses vins mousseux, Paul ne doit pas affronter seulement une concurrence française et espagnole. De nombreux Belges découvrent de plus en plus les vins du monde entier, du Chili à la Nouvelle-Zélande. Alors comment faire pour sensibiliser le consommateur aux vins belges ? “Nous essayons de miser sur nos deux principaux atouts. D’abord, le caractère régional de notre produit, dont la fabrication repose sur une chaîne très courte puisque notre vin provient presque en direct du viticulteur. Ensuite, nous mettons en avant la qualité. Côté prix, impossible de lutter – notamment contre les produits proposés pour quelques euros à peine dans les grandes surfaces... et souvent subventionnés par l’Europe. Nous ne sommes pas les moins chers, mais nous essayons de nous différencier par un produit super-savoureux !” 

Une activité gourmande en main-d’œuvre et en capital

Reste la question clé : qu’en est-il du rendement ? Peut-on gagner sa vie en produisant du vin en Belgique ? “Franchement, si on veut gagner vite de l’argent et devenir très riche, mieux vaut choisir un autre secteur”, répond Paul Vleminckx. “Donc, gagner beaucoup d’argent non, mais attraper rapidement des cheveux gris, certainement ! Les gens oublient facilement tout le travail qu’il y a derrière cette activité et le temps considérable qu’il faut y consacrer. Comme c’est souvent le cas dans le secteur agricole, pas question d’aller en vacances. C’est aussi un métier qui engloutit énormément de capitaux, surtout pour la production de vins mousseux. Les opérations sont très techniques. Pour moi, c’est surtout très amusant, mais il faut avoir une fameuse installation et le processus de production dure plus longtemps. Si on veut gagner du temps et alléger le travail, on peut évidemment automatiser à l’infini mais pour que ce soit rentable, il faut produire un gros volume. Enfin, n’oubliez pas non plus qu’on dépend énormément de la météo, ce qui représente certainement la moitié du risque. Et la météo, personne ne peut la contrôler. Si on n’est pas prêt à l’accepter, mieux vaut ne pas commencer.” 

Un conseil pour les viticulteurs en herbe qui n’ont pas encore franchi le pas : “Commencez par aller aider un viticulteur durant quelques mois. Nombreux sont ceux qui renoncent quand ils se rendent compte de la somme de travail que cela représente. Si malgré cela, vous restez convaincu, alors peut-être pourrez-vous aller de l’avant. Pour faire ce métier, il faut lui vouer un amour infini, sinon, ça ne marchera jamais.”

Un secteur porteur

Malgré tout cela, Vleminckx a vu grandir le secteur viticole de manière spectaculaire en Belgique. Paul Vleminckx : “En 2005, nous avons fondé une asbl défendant les intérêts du secteur, parce que l’agence pour la sécurité alimentaire (AFSCA) commençait à imposer des règles très strictes aux entreprises assurant la transformation du raisin. Aujourd’hui, cette asbl compte une centaine de membres, tous des viticulteurs professionnels !”

Paul Vleminckx

Avec ses frères Yves et Francis, Paul Vleminckx représentait la quatrième génération de l’entreprise familiale Vleminckx, fabricant de sauces, jusqu’à ce que la société soit vendue à Vandemoortele au début des années 1990. Paul a ensuite entamé une nouvelle vie en tant que producteur de vins mousseux.