Longtemps dominé par les grands acteurs locaux et internationaux, le marché belge de la livraison est à l’aube d’une révolution dictée par les progrès technologiques et l’expansion du phénomène e-commerce. Jonas Douin, jeune co-fondateur de la start-up Liégeoise Hytchers, dresse un état des lieux de ce secteur à haut potentiel.

Une éclosion liée à celle de l’e-commerce

En Belgique, le secteur de la livraison est depuis longtemps dominé par les grands acteurs locaux et internationaux (bpost, DHL, etc.) qui détiennent 80% des parts de marché. Grâce au développement récent de l’e-commerce dans notre pays (croissance de 13,4% entre 2015 et 2016) , le nombre de colis a augmenté de 42% entre 2010 et 2014 et le revenu généré annuellement par la livraison dépasse désormais les 900 millions d’euros ! (Source : Belgian Institute for Postal Services and Telecommunications).

Une telle progression rend le secteur de plus en plus attractif et fait apparaître une multitude de start-ups qui, comme la nôtre, ont pour objectif de proposer des alternatives au modèle existant jugé trop contraignant, coûteux et polluant. Je pense notamment à la société anversoise Parcify qui livre où et quand le client le souhaite, ce qui supprime les déplacements inutiles, diminue les frais de transport et simplifie le processus pour toutes les parties.

Un processus double et contraignant

Si se lancer dans un tel secteur s’avère tentant, il ne faut certainement pas foncer tête baissée. Proposer un service de livraison, c’est à la fois répondre aux attentes des commerçants et des consommateurs. De l’intégration de la solution sur un site de vente à la gestion des retours de marchandises, en passant par les assurances à contracter et la livraison en elle-même, il faut savoir faire preuve de rigueur et de flexibilité. 

À titre d’exemple, l’assurance légale couvre le transporteur à hauteur de 10 € par kilo, ce qui signifie qu’un smartphone à 700 € qui pèse 300g sera remboursé 3 € en cas de dégâts ou perte. Cette trop faible protection nous oblige à prendre les devants et à souscrire à des assurances complémentaires afin de couvrir les colis. Cette couverture sera soit offerte, soit répercutée sur le prix de vente.

Sous-traiter la livraison

Mon conseil pour tout commerçant est de sous-traiter la livraison. Idéalement, il faut même implanter plusieurs systèmes de livraison (bpost, Hytchers, etc.) dès le début de son e-commerce. En effet, le choix de la méthode est un moment crucial dans le processus d’achat. Face à une option qui ne conviendrait pas à ses besoins ou préférences, le client aura tendance à annuler sa commande.

Sur Internet, le prix demeure le nerf de la guerre. Là-aussi, les frais de livraison peuvent faire toute la différence ! Je suggère aux commerçants d’augmenter le prix de vente en ligne et d’y inclure le coût du transport afin que le client n’ait pas la mauvaise surprise de voir son panier grimper une fois le moment venu d’introduire ses données bancaires.

Une transparence totale sur la méthode de livraison et son prix (inclus ou non) permettra d’éviter toute déception et désistement de dernière minute. Certains e-commerces utilisent même les frais de livraison pour encourager l’internaute à acheter davantage. Par exemple, en offrant la livraison au-delà d’un seuil d’achat. Une manière intelligente de faire passer la pilule.

De belles opportunités…

Aujourd’hui, 67% des livraisons se font toujours à domicile, ce que les transporteurs aimeraient éviter dans un futur proche. Livrer plus intelligemment en regroupant les commandes dans des points relais ou encore sur les lieux de travail permettrait de réaliser de belles économies. La situation est identique dans nos campagnes où il faut à tout prix éviter que l’acheteur ne soit pas chez lui au moment de la livraison.

Si je ne suis pas convaincu par les drones, notamment en raison de la lourde réglementation et la frilosité du public à leur égard, je crois fervemment dans l’utilisation de robots terrestres autonomes comme le Starship. Il s’agit d’un coffre-fort sur roulette dans lequel vous déposez le colis. Une fois les coordonnées GPS entrées, le robot se rend seul chez l’acheteur. En cas de problème, un opérateur peut même en prendre le contrôle à distance.

Bien sûr, il existe aussi le modèle collaboratif qui consiste à faire livrer les colis par des particuliers qui se rendent à proximité de l’adresse de livraison. Avec Hytchers, nous avons opté pour cette méthode. Nos utilisateurs collectent et déposent les colis dans des pompes à essence lors de leurs déplacements. En faisant cela, ils collectent des points et bénéficient de litres de carburants gratuits. Une nouvelle manière de faire son plein tout en réduisant les trajets inutiles ! 

…en harmonie avec les points de vente

Contrairement à ce que l’on peut parfois entendre, je ne crois pas que l’e-commerce et la livraison vont clôturer les points de vente. Au contraire, la vitrine sera toujours nécessaire pour faire découvrir les produits ! Il doit y avoir une synergie entre le site de vente et le magasin. D’ailleurs, nombreux sont les e-commerces qui ouvrent des points de vente par la suite. L’e-shop belge 9 bulles qui vend des articles pour femmes enceintes a même récemment ouvert un espace de vente physique suite à la demande de ses clients.

Jonas Douin

Jonas Douin

Ingénieur civil couronné d’un master en entrepreneuriat, Jonas Douin a directement cofondé la start-up Hytchers avec son camarade de classe Antoine Dessart. Leur solution de livraison collaborative en échange de réductions sur les frais de carburant a reçu le soutien de VentureLab. Animé par la passion d’entreprendre et d’innover de ses propres mains, Jonas s’investit dans la cause écologique et cultive sa passion pour les chaussettes farfelues.

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