En date du 1er avril 2016, la taxe kilométrique sera applicable en Belgique aux camions belges et étrangers de 3,5 tonnes et plus. Ce sont 6.800 kilomètres du réseau routier belge (autoroutes et routes régionales) qui seront concernés. De quoi grever la note des transporteurs mais aussi celle des consommateurs finaux. UPTR, FEBETRA, TLV et autres acteurs du transport s’insurgent contre cette réglementation. Le point sur la situation.

La taxe kilométrique en pratique

Dans la pratique, tout véhicule circulant sur le réseau belge : 

- devra être équipé d’un dispositif mobile appelé « OBU » (On Board Unit). Via une technologie satellite de pointe, ces boitiers calculeront le montant à payer lors de tout déplacement. Compter 135 euros de caution pour l’appareil.

- recevra une amende de 1000 euros s’il n’est pas équipé d’un OBU. Le contrevenant dispose d’une durée de trois heures pour régulariser la situation. Ce délai écoulé, il s’expose à une seconde amende de 1000 euros.

Ce système contraint le transporteur au paiement anticipé d’une taxation 0.128 cent/km. Selon le type d’entreprises de transport, l’impact sur le prix de revient variera entre 7 et 13%. Alors que la marge moyenne du secteur est de 1,5%, les entreprises ne peuvent pas prendre ces augmentations de coût à charge.

Trésorerie et compétitivité en berne

Ces sociétés peuvent s’adresser à des tiers payeurs (fédérations professionnelles ou autres disposant de carte carburant). Ceux-ci demandent en général une caution de 2 mois, estimée à 800 euros/mois. Cette garantie bancaire de 1600 euros, cumulée à la caution de 135 euros, représente 16,3% de la valeur ajoutée (22.800 euros) d’un camion belge. Les entreprises de transport doivent débourser ce montant avant d’être elles-mêmes payées par leurs clients. Ceux-ci les règlent à 56 jours de moyenne (chiffres 2015). De quoi générer des problèmes de trésorerie. 

Conséquences :

- le coût sera répercuté sur toute la chaîne de valeur

- la compétitivité belge par rapport à l’étranger risque d’être affectée

Nuances régionales

En Wallonie uniquement, la Sofico soumettra cette taxe kilométrique à une TVA de 21%, récupérée par le transporteur. Le montant de 0.128 cent appliqué au réseau autoroutier est, lui, le même tant en Flandre, en Wallonie qu’à Bruxelles. Ce montant peut par contre doubler ou tripler plus on approche de Bruxelles. Cela correspond à une volonté de limiter l’entrée des camions dans les communes bruxelloises. Pour contourner cette problématique, les entreprises feront probablement appel à des utilitaires légers en dessous de 3,5 tonnes pour approvisionner le centre-ville. A part cela, la réalité est quant à elle identique partout en Belgique. Jean-Marie Becker le confirme : « Quel que soit le côté de la frontière linguistique, que l’on parle de taxe ou de redevance, le prix du transport et de toute les marchandises en sera alourdi. Le consommateur final payera également ».

Les points positifs et négatifs de la taxe kilométrique


Les bons points de cette réglementation :

- Les Régions ont proposé des mesures de compensation. Le secteur les attend mais elles seront très faibles : la Région wallonne par exemple a décidé d’y consacrer 23 millions d’euros alors que la taxe va rapporter 800 millions sur l’ensemble du territoire, dont 250 millions pour la Région wallonne

- Les 800 millions de recettes de la taxe seront consacrés à la réfection des infrastructures de transport

- Tous les camions étrangers circulant en Belgique seront aussi soumis à cette taxe. Sur certains axes, ils peuvent représenter 50% du trafic, voire plus en certains moments.

Mais quand on évoque l’influence de cette taxe kilométrique sur le désengorgement du trafic, Jean-Marie Becker ne se leurre pas : « Il n’y aura pas de réduction du trafic : on continuera toujours d’utiliser les routes et de transporter des marchandises ». Et toute la chaîne de valeur sera impactée par cette taxe kilométrique.

Jean-marie Becker

Contributeur:

Jean-Marie Becker

Jean-Marie Becker est passionné de logistique. Depuis 1999, il est Managing Director de Logistics in Wallonia, le Pôle de compétitivité wallon pour le secteur du Transport, de la Logistique et de la Mobilité et depuis 1981, CEO de MMM Business Media, une société active dans la communication B2B du transport routier, de la logistique et des flottes automobiles.

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