Chocolat, bière, frites, gaufres, moules... Demandez à un Américain ou à un Britannique à quoi lui fait penser le mot “Belgique”’ et il y a fort à parier qu’il vous répondra par un aliment. Ce qui n’a rien d’étonnant selon Pieter Weyn, Economic Affairs Advisor à la Fevia, car la Belgique et l’alimentation sont étroitement liées. 

On compte exactement 4.532 producteurs alimentaires dans notre pays. Ce chiffre de la Fevia, la fédération de l’industrie alimentaire belge, “inclut 2.815 (source: Fevia rapport économique 2014) boulangers”, précise toutefois Weyn. “Hormis cette catégorie,  l’on dénombre donc 1.717 entreprises de transformation alimentaire dans tous les secteurs possibles: bière, chocolat, abattoirs, pour n’en citer que quelques-uns.”

Les exploitants agricoles et les sociétés de distribution ne sont pas compris dans ces chiffres mais le secteur n’en représente pas moins un formidable moteur pour l’économie. “Comptez quelques 48 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 7,4 milliards d’euros de valeur ajoutée et 73.200 emplois ETP (équivalents temps plein)”, ajoute Weyn.

Légumes et viande

Ce qu’il y a de remarquable dans l’industrie alimentaire belge, c’est qu’il n’y a pas ‘un’ secteur qui se démarque – même notre fameux tandem bière et chocolat n’a pas la palme. “En termes de chiffre d’affaires, la plus grosse industrie est celle de la transformation de la viande”, explique Weyn. « Vient ensuite la transformation des légumes, où les produits surgelés à base de pommes de terre et de légumes occupent une place importante. En effet, notre pays s’adjuge environ 40% des exportations européennes et 20% des exportations mondiales de légumes surgelés.”

Une alimentation sûre

Se faire un nom sur le marché de l’alimentation en tant que PME n’est cependant pas si simple, met en garde l’économiste. “Il faut commencer par bien réfléchir à la manière dont vous allez commercialiser votre produit. Le gros avantage, c’est que la Belgique possède déjà une excellente réputation pour la qualité de son alimentation, produite dans de très bonnes conditions d’hygiène. Vous pouvez donc aisément surfer sur cette vague. La Belgique est elle-même déjà un marché mature et très concurrentiel : il faut donc que vous trouviez un moyen de ‘sortir du lot’ et de vous différencier des grandes marques pour que votre produit soit apprécié et demandé. Et pour cela, il n’existe pas de tour de magie.” 

Museaux de porc

Une alternative pourrait être l’exportation. Le label “Belgique" peut être un sérieux atout pour de nombreuses entreprises qui souhaitent développer la vente de leurs produits à l’étranger. “Une des manières avec laquelle nous pouvons aider les entreprises alimentaires belges est donc de promouvoir notre alimentation au niveau mondial sous l’appellation Food.be – Small country. Great food.”

Si l’exportation offre un vaste potentiel, il faut cependant l’aborder avec prudence. “J’essaierais d’abord de me faire un nom en Belgique avant d’attaquer les marchés étrangers”, conseille Weyn. “Mais l’exportation est certainement une option. Depuis 2005, le chiffre d’affaires réalisé par le secteur de l’alimentation en Belgique a augmenté de 37%, contre 62% à l’étranger. Nous encourageons les exportations vers toute l’Europe mais aussi vers la Chine par exemple. C’est un marché gigantesque, avec un potentiel d’un milliard de consommateurs et une classe moyenne qui s’enrichit rapidement et s’intéresse aux produits étrangers.”

Pour les Chinois, la sécurité est aussi très importante, surtout après la récente série de scandales alimentaires. “Et à ce niveau, nous sommes très bien notés. Le chocolat, la bière et les produits laitiers notamment constituent un booming business en Asie. La viande également. Nous exportons beaucoup de viande dite du “cinquième quartile” vers la Chine – par exemple des museaux et des queues de porc. Chez nous, cela ne se vend plus mais les Chinois en raffolent.” 

Salaires et énergie

Un gros défi pour le secteur reste les salaires et la hausse des prix de l’énergie, souligne Weyn. “Par rapport à nos trois voisins, nous avons un handicap salarial de quelques 21%, tandis que l’énergie aussi nous coûte plus cher. L’innovation et l’amélioration des processus peuvent nous aider à rester concurrentiels, mais heureusement, les autorités prennent des mesures favorables, comme dans le cadre du tax shift par exemple.”

Pieter Weyn

Pieter Weyn est Economic Affairs Advisor auprès de la Fevia, la fédération de l’industrie alimentaire belge. Economiste de formation, il a travaillé comme stagiaire à la Commission européenne (DG Economie et Finances). Il consacre une bonne part de ses loisirs à la gastronomie et aux voyages en dehors de l’Europe.

Confirmer