Acheter une vache à plusieurs pour se partager ensuite la viande : l'idée semble venue tout droit d'une période depuis longtemps révolue. Cela n'a pas empêché David De Keyser, fondateur de notrevache.be, de lancer un webshop à partir de ce concept. Réagir judicieusement aux tendances du monde des consommateurs, privilégier la qualité, compter sur un brin de chance : tels sont les facteurs de son succès.

Prix plancher, qualité plancher

De son propre aveu, le fondateur David De Keyser est un grand amateur de viande. Depuis plusieurs années, cependant, il constatait que la qualité des produits ne cessait de régresser. « En termes de prix comme de qualité, la concurrence pousse à la baisse. Il devient aussi difficile de trouver un bon boucher qu'un bon boulanger. La raison est simple : l'éleveur est si mal payé pour sa viande qu'il lui est pratiquement impossible de fournir de la qualité. »

Pourtant, un revirement semble s'amorcer. De plus en plus de consommateurs sont prêts à payer plus pour une viande de bonne qualité. « Les gens ne veulent pas manger plus de viande, mais une meilleure viande. C'est de ce constat qu'est partie l'initiative notrevache.be. »

D'après les chiffres du VLAM (Vlaams Centrum voor Agro- en Visserijmarketing), le chiffre d'affaires des marchés d'agriculteurs a progressé de 9% entre 2015 et 2016. La vente directe à la ferme a gagné 1%. Sur Internet aussi, les initiatives du genre se multiplient : KorteKeten.be, RechtVanBijDeBoer.be et HeerlijkVlees.be n'en sont que quelques exemples. 

Une approche industrielle intenable

À terme, l'approche industrielle actuelle de l'agriculture est intenable, estime De Keyser. « Je suis convaincu que nous devons évoluer vers une agriculture à plus petite échelle, plus proche du consommateur final, avec des circuits plus courts et des prix justes. Je ne discute jamais du prix avec un fermier. Je sais qu'il y a pour lui comme pour moi un juste prix auquel il peut me fournir un bon morceau de viande. Ce prix, je le paie volontiers. » 

Les débuts de NotreVache datent du 1er mai 2014. Le premier jour, De Keyser comptait… un client. « Un instant, j'ai pensé tout arrêter. Mais le hasard a voulu que ce client soit un journaliste de Belga. Trouvant l'idée intéressante, il m'a demandé s'il pouvait en faire un article. Le lendemain, j'étais dans tous les journaux, et un peu plus tard, je passais à la radio et à la TV. C'est ainsi que tout a commencé. Pour un entrepreneur débutant, un peu de chance n'est jamais à négliger. »

Un million d'euros de chiffre d'affaires

Avec ses dix mille clients, le site génère désormais un million d'euros de chiffre d'affaires annuel. Neuf clients sur dix sont belges, les autres hollandais et luxembourgeois. Depuis peu, De Keyser vend aussi sur son site du poulet et de la viande de porc, suivant la même philosophie. « Ce sont des animaux que nous élevons nous-mêmes, dit-il, mais il s'agit encore de projets expérimentaux. On me demande également si je vais me mettre aux légumes. Pour l'instant, nous nous concentrons sur la viande. » 

david de keyser

David De Keyser

Né dans une famille de bouchers, David De Keyser a reçu une formation de pilote à la Nederlandse Luchtvaartschool d'Amsterdam. Il vole actuellement pour la compagnie de fret Cargolux. C'est en 2014 qu'il a lancé www.notrevache.be. Il consacre ses loisirs à la randonnée et au fitness.