Les industries bio-basées constituent une partie de la bio-économie qui se consacre à la fabrication de nouveaux produits, matériaux et carburants à partir de « déchets » organiques ou de biomasse. Philippe Mengal, Directeur Exécutif de Bio-Based Industries Joint Undertaking, explique comment les industries bio-basées offrent non seulement des opportunités de croissance via une utilisation plus efficace des matières premières, mais aussi des réponses pour la lutte contre le réchauffement climatique et l’évolution vers une société durable et moins polluante.

Des pièces d'avion fabriquées à partir de betteraves sucrières

L’Europe produit chaque année plus que 13 millions de tonnes de pulpe de betterave sucrière dont la majeure partie est transformée en aliments pour animaux, en engrais ou, dans le meilleur des cas, en biogaz. « Grâce à de nouvelles technologies d'extraction et de purification, cette pulpe peut désormais être transformée en composants à haute valeur ajoutée utilisés pour la fabrication de pièces automobiles ou mêmes aéronautiques. La valeur de la pulpe est ainsi multipliée par 50. » D'autres projets du BBI JU visent à fabriquer des cosmétiques ou des produits de chimie fine à haute valeur ajoutée à partir d’huile de chardon, des casques de vélo à partir de pâte de bois ou du caoutchouc pour les pneumatiques des voitures à partir de pissenlits.

Opportunités pour l’agriculture et le développement régional

Cela peut sembler de la science-fiction et pourtant ce n’est pas le cas : la technologie existe, mais elle n’est pas encore déployée à grande échelle. Deux raisons à cela : d’une part, une plus grande disponibilité des matières premières est nécessaire et, d'autre part, une infrastructure de logistique et de transformation dans des bioraffineries où les matières premières sont transformées. Ces défis offrent des opportunités : « La culture de lin, de chardon ou de pissenlit représente pour les agriculteurs une opportunité d’augmenter et de diversifier leurs revenus, sans engager des efforts ou des coûts supplémentaires excessifs. » En outre, il s’agit souvent de cultures peu exigeantes en intrant et supportant des terres pauvres. Cela, ensemble avec le modèle de bioraffineries locales, peut contribuer à la création de nouveaux emplois en zones rurales.

Avantages pour l’environnement

L’utilisation de biomasse ou de ‘déchets’ organiques par les industries bio-basées nous permet également d’être moins dépendants des importations de ressources fossiles, ce qui contribue à son tour à une réduction sensible des émissions de gaz à effet de serre. Ces industries constituent donc un maillon essentiel dans l’évolution vers une économie circulaire et une croissance économique durable : « Il est désormais possible de livrer des produits quotidiens bio-basés offrant de nouvelles fonctionnalités par rapport à leurs équivalents pétrobasés... et nous ne sommes qu’au début de cette ère. »

Potentiel inconnu

Le potentiel des industries bio-basées est donc incontestable. Le plus grand défi consiste peut-être à sensibiliser le grand public à ce potentiel : peu de gens savent ce que sont les produits bio-basés, connaissent leurs possibilités et l’impact qu’ils peuvent avoir sur leur vie. « Un exemple : beaucoup de gens confondent les produits bio-basés avec les produits biodégradables. Les produits bio-basé peuvent être biodégradables mais ce n’est pas toujours recherché. »

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Philippe Mengal

Philippe Mengal est ingénieur en chimie et bio-technologie. Il a été le directeur général de GreenWatt et est aujourd’hui à la tête de la Bio-Based Industries Joint Undertaking, un partenariat public-privé entre l’Union européenne et le Consortium européen de bio-industries qui investit 3,7 milliards d’euros dans le développement d’une bio-industrie compétitive et durable en Europe