Après un début quelque peu hésitant, le Belge a maintenant aussi découvert le shopping en ligne. Les magasins en ligne poussent comme des champignons, grandissent et se développent. Quelle en est la cause ? Patricia Ceysens, présidente de BeCommerce, fait le point.

Le paysage belge de l'e-commerce

La récréation est vraiment finie

À son apparition et pendant longtemps, la Belgique n’a pas été perçue comme un précurseur de l’e-commerce, mais entre-temps, cela n’a pas freiné l’émergence des magasins en ligne dans notre pays. En terme de volume, nous avons toujours eu un retard sur des pays comme les Pays-Bas et la Grande-Bretagne (sans parler des Etats-Unis). Nous sommes cependant en train de les rattraper,  lentement mais sûrement. « Il y a de plus en plus d’achats en ligne et toujours plus de plateformes d’e-commerce apparaissent», souligne Patricia Ceysens.

Où se situe la Belgique dans le domaine de l’e-commerce?
“Lors de la seconde édition de notre BeShopping 100, l’analyse annuelle des 100 plus importantes boutiques en ligne en Belgique, il est apparu que ces dernières ont cumulé en 2014-2015 un chiffre d’affaire de 2.6 milliards d’euros. L’année passée, il se montait à 1,1 milliard. La croissance est donc toujours bonne. Environ 72% de ce chiffre d’affaires a été généré par des magasins étrangers. Ce qui est beaucoup moins que les 75% de l’année passée, mais la majorité des achats en ligne effectués par les Belges se font dans des pays frontaliers comme les Pays-Bas, l’Allemagne et la France. ».

Qui sont les acteurs majeurs de notre pays ?
“Le top 3 est formé par Amazon, les 3 Suisses et Bol.com. Media Markt fait un grand bond de la 30ème à la 8ème place en une seule année. Vente-Exclusive.com s’élève de la 16ème à la 9ème place et le chinois Aliexpress, qui ne se trouvait même pas dans le classement de l’année passée, se positionne cette année à la 10ème place. Ceci montre bien qu’il s’agit toujours d’un marché en mouvement, où de grands avancements peuvent se produire. ».

Le client belge

La Belgique est un petit pays, cela a-t-il un impact sur nos e-commerces ?
“Les boutiques en ligne belges doivent envisager d’aller à l’étranger peu de temps après leur lancement, contrairement aux e-commerçants des pays frontaliers, pour lesquels le marché intérieur offre plus de possibilités. Cette stratégie internationale commence à porter ses fruits. En ce qui concerne l’e-commerce transfrontalier, notre analyse montre que les boutiques en ligne belges se concentrent sur la France, les Pays-Bas, les Etats-Unis et la Grande Bretagne. ».

Quelles sont les forces de la Belgique en ce qui concerne l’e-commerce?
“Nous sommes situés au cœur de l’Europe et nous sommes connus comme étant une importante  plateforme logistique internationale. Par ailleurs, les gens sont généralement bien formés et parlent plusieurs langues. Dès lors, si une société française veut pénétrer le marché néerlandais, elle devra engager du personnel spécifique néerlandophone. Nous avons généralement déjà des gens en interne qui maîtrisent cette langue. ».

Les Belges achètent volontiers des livres, des tickets et des voyages en ligne. Y a-t-il encore des catégories de produits qui n’ont pas encore percé en ligne ?
“Il en existe, mais de moins en moins. Les aliments frais, par exemple, sont des produits que les gens aiment encore acheter au supermarché. A l’étranger, par contre, nous voyons que tout cela est en train de bouger. ».

Gérer la concurrence


Est-il encore possible en tant que nouveau de se battre contre des géants comme Zalando ou Bol.com ?
« Ce n’est pas si facile, car de toute évidence, ils ont une énorme économie d’échelle, ils ont aussi déjà raflé une grosse part de marché et se sont construit une notoriété. Je pense que cela peut encore fonctionner si on se focalise sur des niches. Je serais prudent avant de me battre à couteaux tirés avec Zalando sur le marché général du vêtement, mais si vous vous spécialisez vraiment dans une niche, par exemple dans les vêtements de maternité, vous avez certainement une chanceEn tant que petit nouveau, on dispose naturellement de quelques atouts. Vous pouvez par exemple travailler très efficacement et très rapidement répondre aux nouvelles tendances. Un grand magasin en ligne est comme un pétrolier très lourd qui a généralement besoin de plus de temps. Un nouveau venu s’apparente à un hors-bord. Sur le marché de l’internet, les tendances et les évolutions s’enchainent très rapidement, peu de choses sont directement fixées, dès lors, il faut être en mesure de réagir très vite. ».

Développer un tout nouveau business model inventif ?
“Absolument! Quelque chose avec lequel vous pouvez créer un nouveau marché ou dans lequel vous êtes le premier. Peut-être quelque chose de très perturbateur et avec lequel vous bouleversez un secteur, comme AirBnb dans le secteur hôtelier par exemple. Mais les gens n’osent pas viser trop haut. Connaissez-vous notrevache.be ? C’est un site sur lequel les gens peuvent acheter, avec d’autres personnes, une vache entière, dont la viande sera par après découpée par un boucher et partagée entre les acheteurs. Voilà une excellente idée et un formidable succès. ».

Avez-vous un dernier conseil pour les gens qui veulent démarrer leur boutique en ligne ?
“Vous ne devez pas oublier qu’un magasin en ligne est également un vrai magasin. Toutes les lois commerciales s’appliquent. Il est donc important que vous fassiez vos devoirs et que vous sachiez quels consommateurs tenir à l’œil. De plus, vous devez leur donner une bonne raison de venir faire leurs achats chez vous. ». Débuter maintenant une boutique en ligne, « pour faire un essai », cela fonctionnait peut-être encore il y a quelques années, mais plus maintenant. A cet égard, la récréation est vraiment finie.”

Patricia Ceysens

Patricia Ceysens

Patricia Ceysens est député Open VLD et est représentante permanente à la commission économique. Elle est également présidente de l'association BeCommerce.

Confirmer