De plus en plus d'entreprises tentent de se financer grâce au "crowdfunding" ou financement participatif. Mais de quoi s'agit-il et quelles sont les possibilités offertes? Martin Coenen du bureau de consultance en crowdfunding Douw & Koren, répond à ces questions.

« Le crowdfunding est le précurseur du phénomène de crowdsourcing », explique Coenen. « Voici une dizaine d'années, l'idée s'est développée selon laquelle plusieurs personnes pouvaient se regrouper pour "faire quelque chose", comme l'encyclopédie en ligne Wikipédia. Dans une phase ultérieure, les gens ont commencé à soutenir financièrement des projets, surtout émanant d'entrepreneurs qui ne parvenaient pas à se financer par les canaux traditionnels. Par la suite, des plates-formes ont vu le jour, comme Kickstarter et IndieGoGo dans le but de coordonner et de gérer ces financements. C'est ainsi qu'est né le crowdfunding. »

Approche et-et

« Désormais, une dizaine de ces plates-formes sont déjà actives dans notre pays », poursuit Coenen. MyMicroInvest, Look&Fin et Hello Crowd figurent parmi les plus connues. Le nombre d'initiatives est en forte croissance, mais leur impact reste globalement assez limité. « Au total, quelque 4,35 millions d'euros ont été récoltés l'an dernier en Belgique par le biais du financement participatif », ajoute Coenen. « Si l'on compare ce chiffre aux prêts consentis par une banque, c'est évidemment une goutte d'eau. Mais je ne pense pas que l'on puisse considérer le crowdfunding comme une alternative aux prêts et au capital-risque, il s'agit plutôt d'un complément. A l'avenir, il sera davantage question d'approche et-et non pas ou-ou, d'autant que les banques traditionnelles s'intéressent désormais toujours plus à ce financement participatif. »

« Imaginer que le crowdfunding soit uniquement destiné aux start-ups est une erreur », estime encore Coenen. « Celles-ci représentent certes une large part du marché, mais les PME font également appel à ce financement pour s'étendre ou commercialiser une nouvelle gamme de produits. »

Se poser les bonnes questions

« Douw & Koren conseille les entrepreneurs pour réussir leur opération de crowdfunding. En réalité, l'approche ne diffère pas fondamentalement de l'établissement d'un bon plan d'entreprise », note toujours Coenen. « Les entrepreneurs doivent répondre à différentes questions: comment allez-vous positionner votre produit? Quelle plate-forme aborder par priorité: une belge ou une internationale, une généraliste ou une spécialisée? Quel est votre message et, surtout, pourquoi y avoir recours? Dernièrement, nous avons rencontré un entrepreneur qui souhaitait récolter 50.000 euros. Lorsque nous lui avons demandé comment il avait calculé ce montant, il nous a répondu qu'il s'agissait environ de son salaire annuel. Or là n'est nullement la question. »

« Pour ce qui est du montant, les entrepreneurs doivent être réalistes », toujours selon Coenen. « Il importe de ne pas mettre la barre trop bas, au risque de voir son projet ne pas arriver à terme, mais aussi de ne pas être exagérément irréaliste sans quoi il ne sera pas financé. Réfléchissez également à ce que vous allez restituer à votre crowd. Peut-être rien? Dans ce cas, il est question de donation ou de cadeau. Mais vous pouvez également proposer à vos bailleurs de fonds d'acheter les premiers exemplaires d'un produit ou de bénéficier d'une réduction. Une autre possibilité consiste dans le crowdlending: en échange de leur apport, vous offrez une certaine rente à vos bailleurs de fonds. De même, il est possible d'opter pour le capital equity-based où les bailleurs reçoivent des actions en échange de leur apport. »

Séduire rapidement le public

« Par ailleurs, le financement participatif constitue un outil marketing intéressant. Si vous adoptez la bonne approche commerciale pour votre produit, vous toucherez rapidement un large public, plus important même qu'avec des canaux classiques. N'oubliez toutefois pas que votre crowd fait partie intégrante de l'aventure. A côté d'un CFO et d'un CEO, vos backers sont un acteur qui, au sens figuré, est assis à la table du comité de direction. Ils se sentent souvent impliqués dans "leur" produit. Il s'agit donc d'être également très transparent dans la communication avec eux », insiste encore Coenen.

Martin Coenen

Martin Coenen a commencé sa carrière en tant que professeur, journaliste et documentariste. Il fonda plus tard une entreprise de services techniques pour les productions de télévision à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Il est ensuite entré en contact avec Douw&Koren via un projet privé de crowdfunding et fut tellement intrigué par le phénomène qu’il décida de se consacrer professionnellement au crowdfunding.

Confirmer