Les ressources alimentaires sont plus que jamais à la une de l'actualité de par le réchauffement climatique et la croissance exponentielle de la population mondiale. En outre, la consommation de viande est de plus en plus remise en cause en raison de son lourd impact écologique, et partout dans le monde, on recherche des solutions alternatives durables. Une opportunité pour l’industrie de la pêche ? À la veille du salon Seafood Expo Global, qui ouvrira ses portes à Bruxelles du 25 au 27 avril, Pieter Note, directeur d’usine de Marine Harvest Pieters, nous présente sa vision à propos du secteur.

Facteurs déterminants

L’industrie de la pêche comporte deux éléments essentiels : tout d'abord, le poisson lui-même – le sourcing – et ensuite, une logistique performante. Toutefois, un certain nombre d’autres facteurs influencent encore les processus de production et de distribution.

D'une part, il faut distinguer les produits frais des produits surgelés. D'autre part, il y aussi une différence entre le marché des consommateurs (le particulier qui achète un morceau de poisson au magasin) et le marché de la restauration (hôpitaux, restaurants, grandes cuisines, etc.). C'est en fonction de ces facteurs que l’on pourra répondre aux questions du sourcing – est-ce que j’obtiens le produit demandé ? – et de la logistique – est-ce que j’amène le produit jusqu’au client ? À cet égard, l’importance de la logistique est évidente pour le poisson frais.

Qualité et durabilité

De plus, il faut encore tenir compte d’un certain nombre d’autres aspects. Il y a naturellement la sécurité alimentaire qui exige des efforts constants. Mais il y a aussi l’attention croissante pour le contrôle de la qualité tout au long du processus de production – depuis la capture ou l’élevage jusqu’au traitement – et l’impact de ces activités sur l'environnement. C’est dans cet esprit que les organisations internationales MSC (Marine Stewardship Council) et ASC (Aquaculture Stewardship Council) ont créé des marques d’homologation pour les poissons issus de la pêche et de l’élevage, respectivement. Ces organisations tiennent également compte des espèces de poissons éventuellement menacées d’extinction.

 

Toutefois, tous les poissons ne satisfont pas encore à ces normes. En particulier en Belgique, nous avons encore beaucoup d’efforts à faire dans ce domaine : notre sole de la Mer du Nord, par exemple, n'a pas encore obtenu la certification MSC, en raison, entre autres, de l’utilisation de chaluts à perche (filets traînés qui endommagent le fond marin). Sachant que de plus en plus de chaînes demandent du poisson labellisé, cela joue au détriment des pêcheurs belges. Les Pays-Bas et l’Angleterre, par exemple, ont déjà adopté d'autres types de filets qui nuisent moins aux fonds marins et causent moins de captures accessoires, ce qui leur permet de livrer une sole labellisée et donc de vendre plus facilement leur poisson.

Les défis de la production...

Un autre défi, peut-être le plus grand défi auquel nous sommes confrontés, consiste à mieux gérer et mieux planifier la production. Comme dans tous les autres secteurs, le secteur de la pêche est tributaire de la loi de l’offre et de la demande. Toutefois, compte tenu de la courte durée de vie du produit, il n'est pas possible ici de constituer des stocks régulateurs. Ainsi, pendant les périodes de pic (p. ex., lors de promotions chez des clients de détail), la production demandée peut être jusqu'à trois fois supérieure à la capacité de production normale, alors que, à d'autres périodes, la demande est beaucoup plus faible. Il faut donc se livrer à un exercice d’équilibre constant afin d'assurer une capacité suffisante et d’offrir la sécurité d'emploi nécessaire, tout en évitant, de préférence, d'engager un trop grand nombre de travailleurs intérimaires. La gestion de la chaîne d'approvisionnement (Supply chain management) qui permet aux fournisseurs de consulter directement les stocks de leurs clients peut être utile à cet égard. Les Pays-Bas ont, ici aussi, une bonne longueur d’avance sur nous et nous avons encore une importante marge d’amélioration à combler. 

Et les opportunités !

Mais il y a aussi des opportunités pour l’industrie de la pêche. Nous avons, par exemple, le Pangasius qui a été introduit il y a une dizaine d’années : un poisson au goût doux qui se prête à merveille à la découpe de filets sans arêtes et qui peut être préparé de multiples manières. De surcroît, c'est un poisson qui est intéressant en termes de prix et qui est disponible avec le label ASC. En définitive, un poisson qui jouit d’un énorme potentiel de vente et qui illustre aussi notre plus grand défi : continuer à consommer du poisson comme alternative à la viande, durable, mais aussi délicieuse et abordable, et contribuer ainsi à augmenter progressivement la consommation de poisson.

Pieter Note

Pieter Note

Pieter Note a entamé sa carrière dans le secteur de la biotechnologie pour ensuite passer, en 1999, à l’industrie de la pêche : en tant que responsable logistique chez Marine Harvest Pieters dans un premier temps et maintenant comme directeur d’usine du site de Bruges. Pendant son temps libre, Pieter aime marcher, nager et faire du vélo.

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