Koen De Leus fait part de sa vision macro-économique pour 2018 et explique comment ceci peut influencer l’entreprenariat en Belgique. 

Les entreprises investissent plus

En Belgique, les investissements des entreprises augmentent fortement. Ceci est dû à deux choses :

  1. Du fait que la marge brute des entreprises (et donc leur marge bénéficiaire) s’agrandit, le nombre de crédits émis augmente également. En effet, plus les marges nettes sont importantes, plus les entreprises prennent confiance et plus elles empruntent.

  2. En outre, l’utilisation des capacités a fortement augmenté. Elle se situe aujourd'hui largement au-dessus de la moyenne à long terme. Jusqu’à 2017, il s’agissait essentiellement d’investissements de remplacement, qui ont permis de renouveler certaines machines anciennes ou défectueuses. Aujourd’hui, les entreprises misent plus sur les investissements d’extension, car leur capacité est déjà si haute qu’elles ne peuvent plus répondre à la demande. 

Il s’agit d’une tendance que nous constatons chez différentes sociétés en Belgique : tant chez les PME que dans les start-ups et les grandes entreprises. Il est intéressant de noter qu’il ne s’agit pas d’un secteur en particulier : tous font montre de bonnes performances. Et ceci n’est pas seulement vrai chez nous en Belgique, mais aussi dans les autres pays européens qui jouissent également d’une croissance positive. C’est la première fois que cela se produit depuis la grande crise de 2008 !

Cet état de fait assez unique est dû à l’essor synchrone de l’économie, suite à :

  1. La très forte augmentation de l’emploi, qui mène à un accroissement de la consommation et de la demande, plus d’investissements par les entreprises, alimentant ainsi à nouveau la quantité de travail disponible

  2. La croissance qui a également fortement augmenté en dehors de la zone euro, entraînant une hausse de l’exportation

  3. La politique de la Banque centrale, qui maintient les taux d’intérêt à un niveau très bas, de sorte que les coûts de financement restent peu élevés et que les entreprises sont plus rapidement enclines à investir.  

Dans la zone Euro, il est question d’une croissance durable de 2,4% en 2018. 

Démocratisation de l’entreprenariat et de l’exportation

Grâce à la digitalisation, il n’est plus nécessaire aujourd’hui d’avoir les poches pleines pour se lancer. Une idée, un ordinateur et Internet suffisent souvent pour s’attaquer au monde entier. La situation a donc bien changé comparé à il y a 10 ans !

Suite à la mondialisation et à la digitalisation, les frontières physiques ont disparu. Le monde entier peut devenir votre terrain de jeu, mais cela implique aussi que le monde entier peut vous concurrencer, à moins de proposer des services au niveau local, bien entend

Pour réussir dans le monde numérique, il vous faut appliquer le principe « Angry Birds » : votre produit ou service doit être drôle, rapide et facile.

Les pouvoirs publics doivent passer à la vitesse supérieure

Recruter des personnes en Belgique restera relativement onéreux. Ceci est dû d’une part à l’indexation, et d’autre part à l’inflation supérieure au reste de l’Europe. Cela dit, le gouvernement a décidé de diminuer les impôts sur les entreprises, ce qui nous rendra un peu plus compétitifs par rapport aux autres pays. Il y a quelques années, le gouvernement avait déjà effectué un saut d’index et cela avait permis de combler une partie de l’écart de compétitivité avec certains de nos voisins européens. Si les pouvoirs publics réussissent aujourd’hui également à garder l’inflation sous contrôle, nous en deviendrons non seulement encore plus compétitifs, mais les entreprises ne verront plus les salaires augmenter si rapidement.

Tant que la dette publique reste élevée, le gouvernement peut difficilement abaisser les charges pour les sociétés. Cela a déjà été fait, au travers d’une diminution récente des impôts aussi bien pour les grandes que pour les petites entreprises mais il serait tout de même intéressant de ramener le déficit public à un niveau inférieur à long terme, et d’atteindre rapidement l’équilibre budgétaire. 

Une année 2018 de bon augure

2018 promet d’être une bonne année pour les entrepreneurs ! Il existe des risques, certainement en ce qui concerne la bourse et les marchés financiers : nous pourrions bien être surpris par une montée de l’inflation et dès lors également des intérêts à long terme. Cependant, nous nous attendons à une excellente année 2018 pour l’économie belge, comme cela a été le cas en 2017. 

Koen De Leus

Koen De Leus

Koen De Leus est économiste en chef chez BNP Paribas Fortis. Licencié en sciences commerciales de l’EHSAL, il a été auparavant analyste boursier  et économiste en chef chez  De Tijd, puis senior économiste chez KBC. Il est également l’auteur de trois ouvrages : « Les règles d’or en bourse, « Au pays des vieux » et plus récemment « L’économie des gagnants ».